Nouvelle adaptation, à la Douglas Sirk, du film de Suzanne Bier. Avec les vibrantes Michelle Williams et Julianne Moore.

Confrontée aux mille difficultés de la gestion d’un orphelinat en Inde, Isabel renâcle à l’idée de rentrer à New York pour s’entretenir avec un généreux donateur potentiel. C’est comme si on l’arrachait une semaine à ses enfants, particulièrement Jay, qui demande tellement d’attention.

Quand elle découvre le luxe de la chambre d’hôtel réservée par la mécène, elle enrage à l’idée du nombre de lits qu’elle aurait pu acheter pour ses orphelins avec le prix d’une nuit dans cette suite de 93 mètres carrés avec terrasse.

La conversation avec la bienfaitrice n’est pas pour la calmer. Celle-ci prépare le mariage de sa fille et le risotto au homard la préoccupe davantage que la vaccination des petits Indiens. "On verra cela après le mariage", lui dit-elle, en l’invitant à assister aux cérémonies.

On se dit que ce sera le lieu d’un esclandre entre la représentante des infiniment riches et celle des infiniment pauvres, mais à peine arrivée dans la propriété paradisiaque, Isabel reconnaît le père de la mariée. Le film opère, alors, un violent tête-à-queue, direction mélodrame.

Cet homme, c’est celui qu’elle a aimé, il y a 20 ans. Et cette fille, c’est donc leur fille qu’ils avaient abandonnée d’un commun accord avant de se séparer. Isabel a fui en Inde pour disparaître des radars et lui est revenu sur ses pas pour reprendre l’enfant, a vécu un temps comme un père célibataire, avant de former une famille modèle jusqu’au retour du destin, visiblement bien tuyauté.

De Dogma à Douglas Sirk

Les fans de Susanne Bier auront reconnu son film de 2007, d’autant plus facilement qu’il porte le même titre. Toutefois, le réalisateur Bart Freundlich est aussi scénariste et il a opéré un certain nombre de modifications dont la plus spectaculaire est d’avoir inversé les rôles. Dans l’original, c’était Mads Mikkelsen qui s’occupait d’un orphelinat en Inde. Ici, c’est Michelle Williams, ce n’est pas le même genre. Et puis, si Suzanne Bier était encore marquée par Dogma, et notamment par Festen, Bart Freundlich entend mettre du Douglas Sirk dans l’air avec ses décors, son Technicolor et le côté Rock Hudson de Billy Crudup.

Malheureusement, son mélodrame ne respire pas. On voit son magnifique squelette et les éléments s’emboîtent parfaitement mais ça manque de chair. Pourtant la fragilité et l’hypersensibilité de Michelle Williams font trembler l’écran et Julianne Moore cache bien son jeu avec son formidable abattage. Mais, malgré ses deux divines comédiennes, Bart Freundlich échoue à livrer un mélodrame où les sentiments sont portés à incandescence.

Reste un honnête tire-larmes.

After the Wedding Mélodrame lacrymogène De Bart Freundlich Avec Michelle Williams, Julianne Moore, Billy Crudup. Durée 1h50.

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