Mercredi soir, le public de la Mostra a pu applaudir le premier film italien présenté en ouverture depuis Baarìa de Giuseppe Tornatore, il y a 11 ans: Lacci de Daniele Luchetti. S’il adapte le roman de Domenico Starnone Les Liens (paru en italien en 2014 et quelques années plus tard en français chez Fayard), l’auteur de Mon frère est fils unique (2006) ou La Nostra Vita (2010) continue de creuser la même thématique, celle de la famille et du couple.

A Marriage Story

Comme dans l’autobiographique Ton absence (Anni Felici) en 2013, le cinéaste romain met en scène un couple en train de se déchirer, cette fois entre Naples et Rome au début des années 80. Vanda (Alba Rohrwacher) a tout quitté pour suivre à Naples son mari Aldo (Luigi Lo Cascio), où elle élève leur deux jeunes enfants. Animateur à la Rai, lui passe une bonne partie de la semaine à Rome, où il tombe sous le charme d’une jeune et séduisante collègue (Linda Caridi). Quand il avoue sa liaison, sa femme le met à la porte et décide de demander la garde des enfants…

Le sujet est universel, c’est celui d’un couple qui se sépare et d’enfants qui sont tiraillés entre leur père et leur mère. C’est celui de Marriage Story de Noah Baumbach, avec Scarlett Johansson et Adam Driver. Ou de Hope Gap avec (sorti en salles ce mercredi). Mais Daniele Luchetti dépasse ce cadre car ce n’est pas tant la séparation en elle-même qui l’intéresse, que les retrouvailles. Explosant la chronologie, il nous montre en parallèle, 30 ans plus tard, le couple à nouveau réuni, campé cette fois par Laura Morante et Silvio Orlando (que Luchetti avait déjà fait tourné aux côtés de Nanni Moretti dans un de ses premiers films en 1991, Le Porteur de serviette).

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Un regard cruel sur le couple

À la fois tendre et cruel, Luchetti explore dans Lacci ces liens familiaux indéfectibles, entre des parents et ses enfants, mais aussi entre une mère et un père. Des liens qui unissent mais qui, parfois aussi, peuvent se transformer en sangles, en lacets (lacci) qui maintiennent une famille prisonnière dans les regrets et le ressentiment.

Si le regard du cinéaste est toujours juste — notamment dans l’étude des comportements de ses personnages —, son film pèche par une construction scénaristique un peu alambiquée et un final un peu précipité. Mais Lacci est sauvé par son quatuor de comédiens de grand talent. Avec une mention particulière pour Alba Rohrwacher. Laquelle, si le film avait été en Compétition, aurait sans doute pu prétendre à une seconde Coupe Volpi de la meilleure actrice, après son prix pour Hungry Hearts de Saverio Costanzo en 2014, dont elle partageait l’affiche avec Adam Driver, dans une autre histoire de couple en crise…