Pariser s’interroge sur le burn-out de la politique. Luchini et Demoustier font palpiter sa réflexion.

En apparence, le film ressemble à beaucoup d’autres et pourtant il est très singulier, sans être, le moins du monde, hors norme. Il n’y a pas vraiment d’intrigue, d’ailleurs, il n’y a pas de suspense. Il n’y a pas de genre non plus. Ce n’est pas un drame alors que la situation est préoccupante, ni une comédie même si on sourit, parfois. Paresseusement, on pourrait le ranger parmi les films politiques mais ce n’est pas le récit d’un combat, l’exposé d’un scandale, la mise en cause d’un système, la défense d’une idéologie, la lutte d’une minorité… Ce n’est pas, non plus, un film formellement audacieux. Il est soigné, certes, mais il ne cherche pas du tout à attirer l’attention sur sa forme. Et pourtant voilà un long métrage passionnant, palpitant, fascinant.

En panne d’idées

Après avoir donné des cours à Oxford, Alice, une jeune intellectuelle, se rend à la mairie de Lyonpour commencer un nouveau travail. À peine arrivée, elle apprend que son poste vient d’être supprimé et remplacé par un autre aux contours flous. 

Le maire, en personne, lui explique ce qu’il attend d’elle. Il est en panne d’idées. Il se sent comme une voiture de course sans carburant qui continue d’avancer par sa force d’inertie. Il lui demande de lui adresser des notes philosophiques pour stimuler sa créativité au point mort.

Est-il fatigué, dépressif, en burn-out ? Après avoir passé quelques jours dans le majestueux hôtel de ville et avoir accompagné le maire dans quelques déplacements , elle lui rédige une note sur la modestie. Le maire apprécie. Entre les deux se noue une complicité professionnelle. C’est qu’Alice ne roule pas aux carburants locauux - l’ambition et le pouvoir -, le parquet n’a rien à craindre. Mais quand le maire la déménage dans un grand bureau qu’elle n’a pas demandé, ça grince pourtant à tous les étages de l’institution. Mais ce ne sera pas le sujet du film.

Le sujet, c’est prendre du recul. Le maire est à court d’idées et la démocratie est en burn-out. À Lyon comme ailleurs.

Nicolas Pariser signe un film étonnant, on pourrait dire de haut vol, si ce n’est qu’il n’est jamais abscons, ne prend pas la tête et surtout n’est jamais déconnecté du concret.

Un tour de force

Ainsi, le réalisateur montre le cabinet du maire en action, ceux qui vont au charbon, qui se confrontent aux problèmes concrets. Ceux-ci rattrapent parfois Alice et elle a l’air bien moins brillante quand il faut loger 48 migrants. Avec le recul de la caméra, le cinéaste s’autorise un peu d’humour et même d’ironie à l’égard de la com’ et de l’événementiel.

Déroutant car on ne voit pas du tout où il veut emmener, le film fonctionne grâce à ses deux acteurs épatants. Fabrice Luchini et Anaïs Demoustier donnent chair, donnent doute, donnent obsession à leurs personnages mais donnent aussi du relief à la parole, au questionnement, aux idées, et encore du punch au discours au point de le rendre, sinon mémorable, du moins interpellant.

Nicolas Pariser réussit un tour de force, son film pose des questions de fond sur notre temps, ne cède pas au bashing politique, se place d’emblée au second niveau et emmène la majorité des spectateurs grâce à ses fabuleux acteurs.

Alice et le maire Dramédie politique De Nicolas Pariser Scénario Nicolas Pariser Avec Fabrice Luchini, Anaïs Demoustier, Nora Hamzawi, Maud Wyler, Antoine Reinartz, Léonie Simaga. Durée 1h43.

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