En février 2008, le 58e Festival de Berlin accueillait le retour de l’Israélien Amos Kollek, venu présenter "Restless". Un film à part dans sa filmographie puisque c’est la première fois qu’il évoque directement sa relation à Israël, lui qui est parti se faire connaître à New York Ce sentiment d’inquiétude, d’agitation que traduit le titre "Restless", Kollek l’a connu lui aussi. "Moshe est comme beaucoup d’Israéliens qui débarquent à New York. Ils quittent un pays agité et, une fois à New York, ils se démènent pour prouver qu’il y avait une bonne raison à leur départ. Mais, plus généralement, c’est un sentiment que ressentent beaucoup de juifs aujourd’hui; on n’est pas loin du mythe du juif errant."

Jamais sans doute le cinéaste n’a parlé de lui aussi ouvertement, à travers un personnage qui lui ressemble beaucoup. "Il a choisi sa façon de faire les choses, différente de la mienne, mais je me sens vraiment proche de lui quand il court d’un endroit à l’autre, quand il fait ceci ou cela Comme lui, je n’ai jamais l’esprit en paix. Il a voulu explorer l’Amérique, ce à quoi je peux m’identifier facilement, comme à son sentiment de conquérir sa liberté par tous les moyens. Mais je me sens proche aussi du fils qui cherche à connaître son père."

Cela dit, Kollek ne partage pas toutes les convictions de son personnage, qu’il exprime vertement dans les bars de New York. "A travers sa poésie, j’ai voulu être extrême. C’est la poésie d’un homme amer, qui en a ras-le-bol de l’occupation israélienne Je suis beaucoup moins critique sur la politique israélienne et sur Israël en général. Selon moi, Israël est une réussite miraculeuse, si l’on regarde les conditions de sa création, ce qu’il a traversé, tout ce qui a été accompli Ce n’est pas de la propagande, je crois vraiment que c’est un miracle qu’Israël existe. Chez ses fondateurs, il y avait l’espoir qu’Israël soit une lumière pour toutes les nations. Il n’y a qu’une génération qui a connu l’idéal, et c’est valable dans tous les pays, ce sont les pionniers. Aujourd’hui, c’est une question de trouver le bon équilibre entre être un pays normal et rester fidèle à une idée de ce que doit être Israël. C’est très difficile."

Depuis cinq ans, Amos Kollek a d’ailleurs quitté New York pour retourner vivre à Jérusalem. Et son sentiment est mitigé. "Je continue à trouver difficile de vivre en Israël, d’un point de vue créatif. A New York, j’ai fait des films à petit budget comme "Sue" ou "Fast Food Fast Women" exactement comme je voulais les faire. En Israël, ça a été une lutte pour trouver l’argent pour faire ce film "

Ce retour en Israël a aussi ramené Amos Kollek à la triste réalité du conflit qui ravage la région. "C’est sans doute naïf, mais je crois que la seule manière de procéder, c’est de baisser les armes des deux côtés, et de décider de faire la paix, sans plus négocier sur les territoires. Sinon, il y aura toujours quelqu’un qui n’est pas content avec ce qu’il a Je sais que ça n’arrivera pas demain, mais, en un sens, c’est la seule solution. De mon point de vue, les discussions ne portent sur rien, c’est une guerre sur rien. On a inventé des lieux saints qui justifient la mort de nos enfants Je n’ai jamais compris cela. Je ne suis pas du tout religieux. Ça m’agace que, des deux côtés, on revienne sans cesse avec la Bible, avec Mohammet, avec le Mur des Lamentations Ces guerres importent-elles, alors que dans 50 ans, aucun de nous n’existera plus, que dans 100 ans, ce mur n’existera plus ?"

On le comprend, avec "Restless", c’est le retour physique d’Israël dans le cinéma de Kollek. "Je pense Israël comme un paysage, là où New York est une forme d’énergie." Un paysage millénaire chargé d’histoire "C’est aussi pourquoi je préfère cent fois Jérusalem à Tel-Aviv. Même si je ne suis pas du tout religieux, plutôt anti-religieux, j’aime ce sentiment d’ancienneté, d’histoire." Mais ce retour à Israël n’a pas été simple pour le cinéaste qui avoue avoir hésité à aborder cette thématique, à faire ce film très personnel. "Il est question des relations père-fils, du rapport à Israël. Mon père est mort pendant la préproduction, c’était très douloureux. C’était un film étrange pour moi. Je ne me suis jamais demandé depuis "Sue" si je devais faire ou non un film. Ici, j’étais incertain Je me sentais plus à l’aise avec mes films new-yorkais. Ici, j’avais l’impression d’investir le domaine de mes parents, d’aborder des thèmes qui ne faisaient pas vraiment partie de ma vie : le conflit israélien, le conflit des générations, la question de rester ou de quitter Israël. J’hésitais, non sur telle ou telle scène, mais sur l’entièreté du film, tiraillé entre le réalisateur new-yorkais et le réalisateur israélien en moi."