Un drame délicat sur l’impossibilité, pour un jeune danseur géorgien, d’aimer.

La vingtaine, Merab (Levan Gelbakhiani) est l’un des espoirs de l’Ensemble national géorgien. Avec sa partenaire Mary, il prépare activement une importante audition, qui pourrait le propulser sur le devant de la scène. Mais l’arrivée d’Irakli (Bachi Valishvili), en provenance d’une petite ville de province, vient bousculer ses plans. Séduisant, charismatique, le jeune homme se présente d’abord comme un rival. Mais rapidement, à son contact, Merab ressent autre chose, une forme de désir inavouable.

Cinéaste suédois d’origine géorgienne Levan Akin (connu notamment pour son travail sur la série Real Humans ) retrouve Tbilissi pour filmer cette impossible histoire d’amour entre deux jeunes hommes dans la Géorgie du XXIe siècle toujours aussi marquée par le poids de la tradition et de l’église orthodoxe… Son film est en effet comme un cri d’alarme pour dénoncer la situation des homosexuels dans son pays d’origine.

Pour aborder cette question, le réalisateur ne choisit évidemment pas par hasard le milieu de la danse. Non pas tant parce que celle-ci est souvent associée, dans l’imaginaire collectif, à une activité féminine (on se souvient évidemment au cinéma de Billy Elliott), mais pour la charge symbolique que possède la danse traditionnelle en Géorgie. "La danse géorgienne, c’est l’esprit de notre Nation", clame le directeur de l’Ensemble national. Tandis qu’un prof explique au héros qu’"aujourd’hui, dans la danse, tout est dans la masculinité. Tout a changé il y a 50 ans…"

Le corps du délit

Ce que tente Levan Akin, à travers cette histoire toute simple, c’est de capter le conflit intérieur de ce jeune danseur, en filmant son corps au plus près. Un corps musclé, puissant, mais qui cherche aussi à exprimer une forme d’élégance, de déhanché qui ne plaît pas aux tenants de la tradition.

Porté par de très nombreuses scènes dansées, And Then We Danced ne choisit pas la dénonciation frontale, mais bien de faire ressentir au spectateur l’injustice de façon très sensible, physique. Et ce grâce aux talents d’acteurs mais aussi de danseurs de Levan Gelbakhiani et Bachi Valishvili. Lesquels prennent visiblement un risque en campant des personnages homosexuels dans un pays où le tabou est tel que le chorégraphe des scènes de danse traditionnelle est crédité au générique : "Anonyme". Et si le film est en course à l’Oscar du meilleur film étranger pour représenter la Suède, les autorités géorgiennes n’ont, elles, accordé aucune aide à la réalisation ou à la promotion du film…

And Then We Danced Drame sociétal De Levan Akin Scénario Levan Akin Photographie Lisabi Fridell Avec Levan Gelbakhiani, Bachi Valishvili, Ana Javakishvili… Durée 1h45.

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