Après la nostalgie pour les petits (lire notre critique de "Belle et Sébastien"), une madeleine (de Proust) pour les grands… Revoici donc la mythique Angélique. Mythique, parce que dans la France engoncée de de Gaulle, plus yéyé sur les ondes que sur les écrans, la chute de reins de Michèle Mercier (cinq films de 1964 à 1968) suscita émoi et glose, bien avant la poitrine d’Emmanuelle une décennie plus tard.

Un demi-siècle plus tard, que diable faire de la fille du baron Sancé de Monteloup, élevée chez les bonnes sœurs, mais âme libre promise malgré elle en mariage au comte de Peyrac, sulfureux alchimiste défiguré et boiteux ? Mylène Farmer est passée par là, les ritournelles en plus. Sans rire : la scène de défloration ressemble à un plagiat laborieux de celle de "Libertine", l’un des clips kitsch de Laurent Boutonnat.

Ici, la pauvre Nora Arnezeder n’est certes pas désagréable à contempler... Mais n’est guère ingénue, de crainte sans doute de trop passer pour une jolie idiote. Elle n’est pas plus convaincante quand Angélique décide de prendre les choses en main. Parce que, bien sûr, il y a toujours le complot du Prince de Condé contre Louis XIV et les craintes de Mazarin quant à la montée en fortune de Peyrac.

Dans le rôle de ce dernier, Gérard Lanvin ne livre pas sa plus mauvaise prestation. Pas de bol : on l’a si souvent vu en flic ou en malfrat ces dernières années, qu’on peine à croire à son déguisement d’aristo loubard du XVIIIe - trop en avance sur son temps dans le ton et le langage corporel.

Et les décors, direz-vous ? Les costumes ? Parce que, Angélique, c’est ça, du spectacle, la version opérette de l’Histoire. Là aussi, le bât blesse. Entre grands monuments historiques filmés chichement (plein de châteaux, plus ou moins d’époque) et reconstitution de cartons pâtes (la Cour des Miracles), c’est de chic et de toc, mais pas de cette matière dont on fabriquait les rêves en Technicolor. C’est quoi, ces gros pixels sur le plan large du château de Condé ? Et cette postsynchronisation sauvage pour doubler les acteurs étrangers ? On dirait une parodie des "Inconnus". Même dans les années soixante, époque épique de ce qu’on n’appelait pas encore les europuddings, les "mixeurs-sons" faisaient mieux avec moins.

Quand Ariel Zeitoun essaie d’insuffler de l’action à son film, il tombe le cul entre deux chaises : une chorégraphie anachronique qui pique un salto à Hong Kong et un ralenti à Hollywood, ou des duels passéistes : faut choisir entre Christophe Gans ou Bernard Borderie. On passe sur le roulé-boulé à travers une vitre de Simon Abkarian (le pauvre tombe de haut, en avocat rebelle aux cheveux gras), entre Buster Keaton et JCVD. Ouaf, ouaf…

Bref, on n’est pas aux anges. Les producteurs ont intérêt à fondre beaucoup de métaux en or s’ils souhaitent lustrer la suite audacieusement annoncée…

Réalisation : Ariel Zeitoun. Avec Nora Arnezeder, Gérard Lanvin,… 1h53.