Avec un petit temps de retard sur la commémoration du cinquantième anniversaire du premier vol habité sur la Lune, arrive ce très beau film de Todd Douglas Miller. Nous écrivons film et non documentaire, même si Apollo 11 en a les atours. Il s’agit bien d’une œuvre cinématographique, fruit d’une réflexion élémentaire : quel regard neuf apporter sur un événement maintes fois commenté ? Miller y répond avec un retour séminal aux sources : utiliser exclusivement des images 70 mm inédites ou restaurées et des extraits audio choisis sur plus de 11000 heures d’enregistrements.

Résultat : une immersion qui permet de revivre l’événement exceptionnel, comme si on y assistait en direct. On connaît l’histoire et l’issue. Pourtant le montage des images, les échanges entre le centre de contrôle, Neil Armstrong, Buzz Aldrin et Michael Collins - avec, seul ajout contemporain, la musique de Matt Morton - restituent la tension à chaque étape décisive.


Apollo 11, qui s’abstient de tout commentaire a posteriori, ne le rappelle pas, mais le succès était loin d’être acquis. Après le tragique accident au décollage d’Apollo 1, le 27 octobre 1967, la première mission Apollo habitée fut Apollo 7, en 1968. Seules la huitième et la dixième mission avaient testé le vol en orbite lunaire et le largage du module lunaire. Chaque phase de la mission restait à risque : le décollage du lanceur Saturne V, l’arrimage du module lunaire et du vaisseau de commande, leur décrochage en orbite lunaire, l’alunissage, la sortie des astronautes, les phases inverses au retour.

En utilisant les voix des commentateurs de l’époque (dont celle, emblématique, de Walter Cronkite, présentateur vedette de CBS) et quelques graphiques, Miller assure au profane de comprendre le déroulé. La tension se lit sur les visages des techniciens du centre de contrôle. Au terme de l’alunissage, le soupir de soulagement de Bill Evans, qui assurait la communication entre les astronautes et le centre de commande, donne la mesure du stress.

Miller signe un bel exemple de narration par l’image. Dans les premières minutes du film, lorsqu’Armstrong, Aldrin et Collins revêtent leur combinaison, il insère pour chacun un montage d’images d’archives résumant leur vie et leur carrière - comme si, à cet instant, chacun mesurait le chemin parcouru. De même, rare artifice, arrête-t-il la musique sur un tempo de battements de cœur lorsqu’Armstrong s’apprête à poser le pied sur la Lune.

L’immersion est complète, avec des images du point de vue des astronautes, regardant la Terre lors de leur mise en orbite ou le vide sidéral lorsqu’ils passent derrière la lune. De même, on ressent leur extase quand ils survolent le sol lunaire ou devant le panorama lunaire qui prend une dimension nouvelle sur grand écran.

Miller remet aussi en évidence le calme olympien des trois astronautes. On a souvent mis en exergue la rivalité qui aurait opposé Aldrin et Armstrong - que le film First Man de Damien Chazelle soulignait. Les échanges entre les deux hommes et Houston atténuent ce point de vue : ce sont ceux de deux professionnels conscients des enjeux de leur mission et de deux collègues bienveillants. L’humour de Collins transparaît aussi.

Surtout, tous les trois font preuve d’une humilité à la hauteur de l’événement. Fers de lance de ce qui était aussi une entreprise de propagande, ils saluent régulièrement l’humanité tout entière. Émouvant aussi, le remerciement d’Armstrong depuis la capsule aux milliers d’employés de la Nasa. A cette aune, Todd Douglas Miller prend soin, dans le générique de fin, d’afficher les noms de tous les protagonistes vus à l’écran.

Apollo 11 Documentaire immersif De Todd Douglas Miller Avec Neil Armstrong, Buzz Aldrin et Michael Collins Durée 1h33.

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