Mads Mikkelsen frigorifié dans un survival movie épuré qu’il faut impérativement quitter avant la dernière minute.

Le générique du début se déroule dans le noir - avec de fines lettres blanches - et dans le silence. Enfin, dans l’absence de musique mais pas de bruit, genre quelque chose qu’on racle.

De fait, on découvre Mads Mikkelsen grattant la glace jusqu’à la terre noire, creusant un petit fossé. Quand il s’en va, la caméra prend de la hauteur et on lit un SOS géant alors qu’il rejoint la carlingue échouée de son avion.

On est immédiatement plongé au cœur du sujet, sans les préliminaires, avec un Robinson Crusoé sur la banquise. En revenant de son SOS, il va voir ses cannes à pêche de fortune. Un ingénieux système le prévient quand un poisson mord. C’est bien un des rares avantages de sa situation, il peut stocker ses prises sans problème, il a un surgélateur grandeur nature à sa disposition. Exactement cela, grandeur nature.

Il est aussi équipé d’un appareil de secours manuel, il va et vient aux quatre coins de son paysage pour envoyer un signal au moyen d’une manivelle. Et, un jour, le système se connecte. Pas un beau jour malheureusement, une vraie purée de pois, la visibilité est au minimum et l’hélicoptère se crashe. Le pilote est mort, la copilote gravement blessée. Robinson tient-il sa Vendredi ?

Oui et non. Certes, elle lui tient compagnie mais elle ne comprend pas l’anglais et de toute façon, elle est tellement mal en point qu’elle ne peut plus bouger. Désormais, il ne peut plus se contenter d’attendre les secours en se faisant ses sushis ; il va devoir agir, se rendre jusqu’à une station polaire repérée sur une carte trouvée dans l’hélico.


Défi physique et douleur morale

Avec ce départ brutal et ce partenaire inattendu ; Joe Penna témoigne d’une capacité à dépasser les limites du film de survivant. Même s’il remplit le cahier de charges du genre, c’est avec un sens de l’épure, de la sobriété. Au défi physique des obstacles successifs, s’ajoute une douleur morale dans laquelle il puise aussi son énergie. Le coup de maître du jeune réalisateur… brésilien est d’avoir confié le rôle à Mads Mikkelsen dont la présence est minérale, le jeu dépouillé, le visage sobrement expressif.

Mais d’où vient alors, ce petit sentiment de déception, à l’issue de la projection ? De la fin. Grossièrement ratée car elle vient contredire ce que le film semblait vouloir nous faire comprendre au-delà des péripéties, ce rapport de force entre l’homme et la nature. Jusque-là, Le film combinait les ingrédients d’un spectacle manipulés avec réserve et une pointe de sadisme, avec une contemplation du continent blanc et des envolées métaphysiques qu’il inspire. Quelle tristesse de voir le masque tomber à la dernière minute, c’était donc juste un cliffhanger un peu plus stylé !

Arctic Survival polaire De Joe Penna Scénario Joe Penna, Ryan Morrison. Avec Mads Mikkelsen Durée 1h 37.

© IPM