Cinéma Une évocation touchante de la jeunesse douloureuse d’Astrid Lindgren, l’autrice de Fifi Brindacier.

Des générations d’enfants ont grandi en regardant le dessin animé Fifi Brindacier. Cette gamine pétillante et farceuse aux longues couettes rousses a été imaginée en 1945 par Astrid Lindgren, qui l’a mise en scène dans quatre romans. Toujours très populaire en Scandinavie, Fifi est devenue au fil du temps une icône de liberté, un personnage joyeusement anarchiste qui remet en cause les rapports entre adultes et enfants, mais aussi entre filles et garçons. C’est cette lecture féminine qu’a choisie Pernille Fischer Christensen pour mettre en scène la jeunesse de l’autrice suédoise. Née Astrid Ericsson à Vimmerby en 1907, la gamine n’était pas prédestinée à la littérature. Loin de là ! Enfant d’une famille modeste, elle trouve cependant un petit boulot de secrétaire dans le journal local. Curieuse et délurée, elle finira par écrire l’un ou l’autre article…


Découverte en 2006 avec Soap, comédie dramatique post-Dogma sur l’étrange attirance d’une jeune femme pour un jeune travesti, la Danoise Pernille Fischer Christensen revient avec beaucoup de pudeur sur les premières années d’Astrid Lindgren, sur son enfance difficile, ses études à Stockholm, son premier enfant, qu’elle a dû abandonner à une nourrice à Copenhague, par peur du scandale… Adoptant un point de vue féministe, en accord avec son personnage, la cinéaste tente de débusquer, dans la biographie de l’écrivaine, les éléments qui lui permettront de créer le personnage libre de Fifi, mais surtout de s’imposer comme une figure littéraire dans un monde d’hommes.

Optant pour une mise en scène classique, soignant sa reconstitution historique, sans tomber dans l’image d’Epinal, Fischer Christensen ne révolutionne pas le cinéma mais rend un hommage digne à Lindgren, malgré quelques facilités scénaristiques et une propension, par moments, à tirer sur la corde sensible.

A l’écran, le combat de cette jeune fille face à l’adversité de la société scandinave des années 30 prend vie grâce au talent d’Alba August, aussi à l’aise dans le registre de la comédie que de l’émotion. Il faut dire que la jeune actrice à de qui tenir puisqu’elle est la fille du réalisateur Bille August et de la comédienne Pernilla August. Découverte dans la série policière Meurtres à Sandhamn, revue dans de nombreux films scandinaves, la jeune Suédoise fait ici une percée remarquée. En février dernier, à la Berlinale (où était présenté Becoming Astrid), elle a d’ailleurs reçu le prix "Shooting Star", qui récompense chaque année un jeune acteur européen.

Réalisation : Pernille Fischer Christensen. Scénario : Kim Fupz Aakeson&Pernille Fischer Christensen. Photographie : Erik Molberg Hansen. Musique : Nicklas Schmidt. Montage : Kasper Leick Åsa Mossberg. Avec Alba August, Trine Dyrholm, Maria Bonnevie, Eric Ericson… 2 h 03.

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