Sous ses doux airs d'intello, Abdellatif Kechiche sait se défendre. Attaqué par le duo d'actrices qu'il a sublimé dans  "La vie d'Adèle" , le réalisateur a répliqué. Et plutôt sévèrement. Alors que la tournée nord-américaine précédant la sortie du film bat son plein, le ton monte entre les différents membres de l'équipe. Le fabuleux destin de ce film qui a remporté la Palme d'Or à Cannes à l'unanimité est en train de se transformer en cauchemar. La faute à deux actrices, Léa Seydoux et Adèle Exarchopoulos, poussées à bout et qui se sont peut-être un peu trop "lâchées". La faute aussi à un cinéaste surdoué, exigeant envers son équipe. Trop au goût de certains, ce qui a suscité l'ire de Kechiche.


Celui-ci a violemment critiqué les propos tenus par ses deux actrices. Lors d'une conférence de presse donnée à Beverly Hills, il a exprimé son point de vue. Des propos relayés par plusieurs médias français Lui aussi a de sérieuses critiques à émettre envers Seydoux et Exarchopoulos: " Quelle indécence de parler de souffrance lorsque l'on fait l’un des plus beaux métiers au monde !" , s'est-il insurgé. "Les aides-soignantes souffrent, les chômeurs souffrent, les ouvriers en bâtiment pourraient parler de souffrance. Comment quand on est adulé, quand on monte sur des tapis rouges, quand on reçoit des prix, comment on peut parler de souffrance." 


"Léa est née dans le coton"

Kechiche s'est ensuite attaqué à Léa Seydoux, auprès du journaliste de Canal+ Ramzy Malouki. Ce dernier a retranscrit les moments forts de son entretien avec le réalisateur franco-tunisien. Celui-ci s'en prend au milieu dont est issue l'actrice de 28 ans. En effet, elle est la fille de Jérôme Seydoux, le patron de Pathé. La belle est donc loin d'être une jeune femme martyrisée par la vie. 


"La première question que je me suis posée c’est que si Léa Seydoux n’avait pas été la petite fille de Jérôme Seydoux, homme que je respecte par-dessus tout, elle ne se serait peut être pas permise en tant qu’actrice de s’exprimer des choses absolument fausses, mais tant bien qu’elles auraient été vraies, est-ce qu’elles les auraient exprimées" , a-t-il ajouté au cours de la même conférence de presse, avant de revenir sur sa relation avec sa partenaire à l'écran. Celle-ci, dotée "d'un immense talent" , de l'aveu même de Kechiche, se serait laissé "entraîner". "Je suis désolé pour Adèle qu’elle ne puisse pas vivre cette merveilleuse aventure telle qu’elle aurait dû la vivre: les avions, les tapis rouges, les photographes, les beaux hôtels, etc... J’aurais voulu que cette fille qui vit ça pour la première fois, contrairement à Léa dont la vie se passe ainsi et qu’elle se passera ainsi jusqu’à la fin de ses jours, étant donné qu’elle est ce qu’elle est." 

Des attaques ad hominem pas très élégantes, mais qui ont eu un effet certain sur la comédienne. La jeune femme a durement accusé le coup, s'est effondrée en sanglots, avant de calmer le jeu... et de se défendre.


Kechiche, un cinéaste aussi talentueux que névrosé

La polémique est née en début de semaine. Dans un entretien publié aux USA , Léa Seydoux et Adèle Exarchopoulos s'exprimaient pour la première fois sur les conditions de travail avec Abdellatif Kechiche. Un tournage qualifié d'"horrible" par les deux comédiennes. "La première scène, nous nous croisons, et c'est le coup de foudre. Elle dure à peine 30 secondes, mais on a passé la journée à la filmer", s'étaient-elles remémoré. "A la fin, Kechiche a explosé de colère parce qu'après 100 prises, en passant près d'Adèle j'ai un petit peu ri. (...) Il est devenu fou, et il a balancé le petit moniteur sur lequel il suivait ce qui était filmé à travers la rue en hurlant 'Je ne peux pas travailler dans des conditions pareilles'".

Les deux jeunes femmes gardaient surtout en mémoire la scène d'amour, très explicite, entre les deux personnages. "On vous rassure pendant les scènes d'amour, et elles sont habituellement chorégraphiées, ce qui les désexualise", en disait Adèle Exarchopoulous. "On a passé 10 jours rien que sur cette scène. C'était pas ' OK, aujourd'hui on tourne la scène d'amour!' . Ca a duré 10 jours!", renchérissait Léa Seydoux.

"Le truc, c'est qu'en France, ce n'est pas comme aux Etats-Unis. Le réalisateur a tous les pouvoirs" , soulignait Léa Seydoux. "Ce qui était terrible sur ce film, c'est qu'on ne voyait pas la fin du tournage. Il devait durer deux mois, ensuite trois, puis quatre, et finalement il a duré cinq mois et demi", regrettait-t-elle encore, avant de conclure: "Heureusement qu'on a remporté la Palme d'or, parce que c'était vraiment terrible."

Des conditions de tournage "stanleykubrickiennes". Et si, à l'image du maestro américain, Abdellatif Kechiche avait un don au moins aussi énorme que les névroses qui le hantent ?