C’est toujours comme cela ! Tout arrive en même temps ! Son restaurant a un nouveau patron, genre bas de plafond. Sa fille lui annonce qu’elle est enceinte, voilà Aurore bientôt grand-mère. Elle est retombée nez à nez avec son premier amour. Et comme si cela ne suffisait pas, il y a ces vapeurs, ces chaleurs. Aurore étouffe subitement de l’intérieur et la minute d’après, elle est gelée.

Aurore est en pleine ménopause. Toute bousculée, chamboulée, percutée. Elle vit, comme "L’effrontée", un moment singulier de sa vie, un passage, une transformation, qui, pour le coup, n’intéresse plus du tout le cinéma.

La réalisatrice Blandine Lenoir propose une ingénieuse métaphore, celle des portes coulissantes qui refusent de s’ouvrir, comme si, à ce moment, la femme devenait invisible. Que faire alors ? Rester prostrée et pleurer ? Ou se réinventer en entrant dans un autre âge ?

Aurore est moins un film qu’un portrait. La dramaturgie est réduite au minimum : la confrontation avec son premier amour, 30 ans après l’avoir plaqué. Lui a eu du mal à s’en remettre et la raison lui recommande de ne pas risquer l’aventure. Elle regrette mais elle est enthousiaste à l’idée de réparer les pots cassés. Déjà qu’elle n’en pouvait plus avec ses bouffées de chaleur, alors un retour de flammes, bonjour les pompiers.

Le film, c’est surtout l’affaire des comédiens, une pluie de seconds rôles : ses filles, sa meilleure amie, le premier amour, son ex-mari, les conseillères emploi, le formateur à l’examen d’embauche, le patron du restaurant. Que des petits rôles, que des acteurs épatants, certains n’ont parfois qu’une seule scène pour exister tout en éclairant une facette de l’héroïne malgré elle. L’héroïne, c’est Agnès Jaoui, vraiment épatante, tant elle arrive à faire voir et ressentir au spectateur, son kaléidoscope d’émotions, de sentiments, de sensations, d’espoirs, de regrets, d’envies, de blues. Avec son entrain naturel et sans appuyer.

Ce serait plutôt l’auteur, Blandine Lenoir, qui aurait parfois tendance à appuyer, à vouloir détailler les phases de la ménopause et les stades de la discrimination. C’est son deuxième long métrage, peut-être a-t-elle voulu trop en mettre, filmer utile. Mais… C’est toujours comme cela. C’est souvent l’inutile qui enchante la pellicule comme ce talent d’Aurore qui ne sert à rien. Du tac au tac, elle peut dire le nombre exact de lettres de chaque mot. Le charme aime se nicher dans des endroits impossibles. D’ailleurs Agnès Jaoui en a par moments et plus du tout à d’autres. On dirait qu’elle-même ne le sait pas, qu’elle ne triche pas.


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Réalisation : Blandine Lenoir. Scénario : Blandine Lenoir, Jean-Luc Gaget. Avec Agnès Jaoui, Thibault de Montalembert, Pascale Arbillot… 1h29.