Une banale quête de deux frères qui surfe sans imagination sur la vague de l’heroic fantasy.

Imaginez un monde peuplé d’elfes, de magiciens, d’ogres, de licornes. Imaginez que, comme dans le nôtre, on y aurait inventé la roue, l’électricité, le téléphone portable, la culture de masse (américaine). Les fiers centaures seraient devenus des flics bedonnants, les licornes, privées de forêt, feraient les poubelles, les anciennes guerrières aux pouvoirs fantastiques seraient devenues de mornes serveuses de fast-foods au décor de pacotille, les jeunes elfes iraient au lycée… On se dirait que ce monde serait devenu un peu triste et aurait perdu de sa magie.

Le jeune Ian Lightfoot en a la conviction, comme son grand frère Barley. Un peu résigné à son quotidien prosaïque, le premier prépare son seizième anniversaire. Le second, lui, cherche la magie et les aventures d’antan dans les jeux de rôles.

Un bâton de sorcier laissé en cadeau par leur père défunt révèle que ce dernier était un magicien. Ian semble doté des mêmes pouvoirs. Les deux frères ont vingt-quatre heures pour tenter de ressusciter brièvement celui-ci. Pour Ian, qui n’a jamais connu son père, cette quête vaut tous les Graal. Une première tentative échoue, ne produisant qu’une moitié de corps, les jambes. Mais Barley sait où chercher d’autres ressorts magiques.

Imaginez un monde où les artistes du studio Pixar auraient à ce point perdu leur inspiration qu’ils recycleraient la vogue de l’heroic fantasy en pompant des personnages et des idées à gauche, à droite (ou les maisons des lutins d’un célèbre auteur de BD belge) pour un récit d’aventure certes sympathique mais sans âme. Dans ce monde-là aussi, on aurait le sentiment que la magie a disparu. C’est jusqu’à la direction artistique qui devient d’une banalité paresseuse - on a par moments le sentiment de voir une copie des pâles copies européennes des productions américaines.

On pourra faire preuve de compréhension en considérant que le studio qui a donné naissance à des chefs-d’œuvre comme Toy Story, Le monde de Nemo ou Les Indestructibles signe avec En Avant une métaphore de sa situation : le père symbolique, John Lasseter, a été professionnellement "tué" par des accusations d’attouchements sexuels. Ses enfants cherchent à retrouver leur boussole artistique et l’étincelle magique. Le titre du film serait alors un vœu pieux. Mais le (ré)enchantement n’est pas au rendez-vous.

En avant / Onward Animation De Dan Scanlon Scénario Dan Scanlon, Jason Headley, Keith Bunin. Avec les voix de Tom Holland, Chris Pratt, Julia Louis-Dreyfus, Octavia Spencer,… Durée 1h43.

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