Cinéma

Personne n'a oublié `Western´ disions-nous, car on y avait découvert également un formidable comédien au naturel savoureux: Sergi Lpez. Depuis ce rôle mémorable, l'homme a fait son chemin dans le cinéma tant espagnol que français avec, entre autres rôles fameux, celui de `Harry, un ami qui vous veut du bien´ et celui du partenaire de Nathalie Baye dans `Une liaison pornographique´. Quelque chose a-t-il changé entre Manuel et Sergi depuis cet inoubliable `Western´?

Pouviez-vous confier le rôle du père à un autre acteur que Sergi Lpez?

Bien sûr, mais avec un autre acteur, ce ne sera pas le même film. Si on change d'autres comédiens, ce ne sera pas le même film non plus. À la limite, quelqu'un d'autre peut le tourner et ce ne sera le même film non plus. C'est pour cette raison-là que je ne fais aucune concession, ni au producteur, ni au distributeur, car je ne sais pas ce qui fera que cela deviendra un autre film. Mettons que le producteur demande de changer la couleur du cendrier dans le décor, c'est pas grave; puis la forme de la table, c'est pas très important; mais à partir de quel moment le décor s'en trouve-t-il modifié? Je ne sais pas, donc je ne change rien.

Si on se pose la question, c'est qu'on a l'impression que Sergi Lpez est votre alter ego, que vous vous exprimez à travers lui.

Alter ego, je n'en sais rien, j'ai des difficultés à me projeter. En plus, physiquement, ce n'est pas moi, mais je le sens très proche. À travers Sergi, je peux dire énormément de choses qu'il exprime à sa manière. Et ça passe d'autant mieux qu'on se connaît bien. C'est un ami. Il n'y a pas de tricherie par rapport à ce que je pense de lui en tant qu'humain et en tant que que comédien. J'aurais beaucoup de difficulté à donner un rôle à un comédien que je n'apprécie pas vraiment dans la vie.

Depuis combien de temps connaissez-vous Sergi Lpez?

Depuis, mon premier film `La petite amie d'Antonio´. Ça fait douze ans car le tournage s'est étalé sur deux ans. Je l'ai choisi dans un casting, sur le feeling. Cela s'est super bien passé - c'était son premier film aussi - et, à la fin, je lui ai dit: si jamais je fais d'autres films - ce n'est pas l'envie qui manque mais bien la possibilité, c'est un tel privilège de faire un film - si je fais d'autres films, j'aimerais que tu passes dans chacun d'eux. Une fois tu pousseras juste une porte, une fois tu auras le premier rôle.

Comme quoi, les belles histoires existent...

Oui. Et pourtant plein de choses ont changé, À l'époque, nous étions célibataires; il a une femme et des enfants, moi aussi. Notre situation s'est plutôt améliorée mais on est toujours aussi potes. C'est superbe ce qui arrive à Sergi mais en même temps c'est normal, il a un talent impressionnant. Et puis il est toujours bien parce qu'il est vrai.

Malgré Sergi, vous apparaissez en personne à la fin du film, pourquoi?

J'avais envie de laisser une trace. Je sentais que c'était le film, le sujet. Le tournage avait été intense, les rapports tellement vrais que j'avais envie d'être avec eux. À la fin du tournage, je me suis fait un vrai plaisir: je me suis écrit une séquence avec Sergi.

© La Libre Belgique 2002