Cinéma

Star à cinq ans, récipiendaire d’un oscar à six, retraitée du grand écran à vingt, déléguée des Etats-Unis aux Nations unies à quarante, aux premières loges de la chute du Rideau de fer à soixante : la vie de Shirley Temple, décédée mardi à l’âge de 85 ans, aura été digne d’une superproduction en Technicolor.

On la surnommait "la petite fiancée de l’Amérique" ou "boucle d’or". D’elle, le président Roosevelt disait, en pleine Dépression, que "tant que notre pays l’aura, tout ira bien". Une des chansons qu’elle interpréta à l’écran "On the Good Ship Lollipop" ("Bright Eyes", 1934) est entrée dans les annales. A la fois mutine et candide, danseuse et chanteuse accomplie dès son plus jeune âge, dotée d’une remarquable capacité d’apprentissage, son sourire, sa frimousse rondouillarde et ses "boucles d’or" réconfortèrent l’Amérique au plus fort de la crise économique et à la veille de la Seconde Guerre mondiale.

Un oscar à six ans

Après quelques films mineurs, c’est par une visionnaire mise en abîme de sa carrière et du rôle qu’allait tenir Hollywood durant les deux décennies suivantes que Shilrey Temple, âgée d’à peine six ans, accéda à la renommée. Dans la comédie musicale "Stand Up and Cheer !" (1934), le président des Etats-Unis, pour mettre fin à la Dépression, envoyait des troupes de comédiens et danseurs pour inonder les Américains d’optimisme…

Ébloui par la capacité de la jeune comédienne à mémoriser dialogues et pas de danses, le patron de la Twentieth Century Fox Darryl F. Zanuck en fit aussitôt une star, à coup de communiqués de presse et de campagnes promotionnelles savamment mises en scène. L’année même de sa percée, Temple reçoit - à six ans, un record inégalé à ce jour - le premier Academy Juvenile Award, un oscar spécial créé pour récompenser les acteurs mineurs. Pendant les trois années qui suivent, elle enchaîne une moyenne de cinq films par an, sous le regard vigilant de ses parents - Américains moyens modèles : une femme au foyer et un employé de banque.

Shirley Temple dans "Little Miss Marker" en 1933 (crédit: AP)

La concurrence de Judy Garland

Si les scénarios de la vingtaine de films qu’elle tourne jusqu’à son adolescence sont interchangeables, comédies dramatiques à happy end systématique, Shilrey Temple éblouit à chaque fois par son talent inné. Elle a joué les orphelines comme la "pauvre petite fille riche". En 1937, Shirley Temple joue dans "Wee Willie Winkie" (" La mascotte du régiment") sous la direction du grand réalisateur John Ford. Mais LE rôle d’enfant de l’époque, celui de Dorothy dans "Le magicien d’Oz" lui échappa : la MGM, qui produisait le film, offrit un pont d’or à Zanuck pour qu’il cède sa jeune protégée - en vain. C’est finalement à Judy Garland qu’échut le rôle, avec le succès que l’on sait à la clé.

Enfant prodige, Shirley Temple engendra aussi un important merchandising autour de sa personne - poupées, jeux, lignes de vêtements… Enfant précoce, sa vie s’en trouva aussi marquée : elle rencontra à 15 ans John Agar, instructeur dans l’armée, qu’elle épouse deux ans plus tard. Ce dernier devenu acteur à sa démobilisation, ils partageront l’affiche de "Fort Apache" (1948) de John Ford, aux côtés de John Wayne et Henry Fonda - qui interprète le père de Temple dans le film.

Ambassadrice : son meilleur rôle

L’année suivante, Shirley met fin à sa carrière au grand écran. Elle animera encore une série télévisée d’adaptation de contes de fée. Mais sa véritable seconde carrière débuta au milieu des années soixante. Militante active du parti républicain en Californie, Shirley Temple se présentera, sans succès, à plusieurs élections locales. Finalement, elle fut nommée déléguée des Etats-Unis aux Nations unies par Richard Nixon, en 1969. Elle sera par la suite ambassadrice au Ghana (de 1974 à 1976) puis en Tchécoslovaquie (1989-1992) au moment de la Révolution de velours, ce qui lui fit dire que ce fut "le meilleur travail [qu’elle ait] jamais eu".