Insupportable avec sa mère, en rupture complète avec son entourage, Benni (Helena Zengel) est placée en foyer d’urgence. Mais son caractère impossible rend les choses difficiles. Aucun centre ou famille d’accueil ne souhaite en effet prendre sous son aile cette boule de nerfs de 9 ans, qui explose pour un oui ou pour un non et qui ne supporte pas la moindre contradiction. Benni semble pourtant se laisser amadouer par Micha (Albrecht Schuch), le nouvel éducateur chargé de l’escorter tous les jours à l’école pour éviter une énième fugue. En guise de thérapie, le jeune homme propose d’emmener l’enfant avec lui pour quelques jours dans une cabane au milieu des bois, sans électricité, ni eau courante…

Un portrait sans concession

Sur un sujet douloureux, Nora Fingscheidt accouche d’un premier long métrage de fiction étrangement lumineux, grâce à une mise en scène vigoureuse, qui se place à hauteur de la colère de sa jeune héroïne. Et contre toute attente, malgré le caractère explosif et violent du personnage, l’empathie finit par se créer avec cette enfant sauvage.

Mais pas question pour la cinéaste allemande d’accuser les institutions en charge de l’enfance difficile. Elle cherche plutôt à montrer leur impuissance face à une petite fille dévorée par une soif absolue de liberté. Un personnage radical, qui donne le ton de la formidable mise en scène de Fingscheidt, tout en vitalité, en mouvements de caméra brusques et où le naturalisme apparent n’empêche pas quelques échappées vers une forme de poésie ou de lyrisme.

Ce qui frappe dans Benni, c’est l’absence de toute simplification, de tout raccourci. Ses personnages, Nora Fingscheidt refuse en effet d’en faire des caricatures ou d’en arrondir les angles. Que ce soit la mère, maladroite mais aimante, la directrice du foyer ou les éducateurs… Personne n’est responsable de la situation. Tous sont de bonne volonté, mais totalement dépassés par la fureur, la vitalité de cette gamine indomptable, dont rien ne semble pouvoir apaiser la colère. Ce personnage fort prend vie à l’écran grâce à l’incroyable talent de la jeune Helena Zengel, troublante de vérité. À 10 ans, celle-ci a d’ailleurs été nommée comme meilleure actrice aux European Film Awards (cf. ci-contre).

Une enfant en rupture

Avec beaucoup d’intelligence et sans appuyer le trait, Benni (Systemsprenger en allemand) met en scène une enfant qui casse les codes, refuse de s’inscrire dans un système pédagogique corseté. D’un point de vue métaphorique, Fingscheidt interroge en effet la place qu’est incapable de réserver la société à celles et ceux qui refusent de penser dans les cases, de marcher dans les clous, qui portent sur le monde un autre regard, plus personnel, plus poétique, que celui de l’efficacité et de la rentabilité. Refusant l’école, Benni préfère ainsi apprendre directement sur le terrain, auprès d’un adulte en qui elle a confiance, à reconnaître les arbres dans la forêt…

Benni / System Crasher Drame naturaliste De Nora Fingscheidt Scénario Nora Fingscheidt Photographie Yunus Roy Imer Musique John Gürtler Avec Helena Zengel, Albrecht Schuch, Gabriela Maria Schmeide… Durée 1h58.

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