Au début d’Azor, un homme nous sourit sur fond de décor de forêt tropicale. On saura qu’il s’appelle René Keys, qu’il a disparu en Argentine sans laisser de traces et qu’il était l’objet des rumeurs contradictoires. Pour le reste, Keys restera une ombre que chasse son associé, Yvan De Wiel (Fabrizio Rongione), un banquier privé suisse – catégorie ne pas confondre avec le vulgum pecus de la banque commerciale.

De Wiel navigue dans les hautes sphères, gère des fortunes privées, aux quatre coins du monde. Mais Buenos Aires est terra incognita pour lui, d’autant plus en pleine répression par la dictature de la junte militaire. Yvan De Wiel y débarque avec sa séduisante femme (Stéphanie Cléau) afin de retrouver Keys et, surtout, de rassurer leurs clients.

Dans les piscines des haciendas, on nage entre deux eaux avec des requins troubles. Dans les salons feutrés des clubs privés, on converse à fleurets mouchetés. Chacun semble menacer Yvan à mots couverts. À moins qu’on ne lui tende des perches ?

Bonnes intentions, mais…

Il est des films bourrés de bonnes intentions, habités d’un sujet fort, a priori captivant, traversés de quelques passages prometteurs, mais qui pataugent dans les méandres de l’esprit de leur auteur. Lui sait de quoi il parle, ce qu’il veut nous dire, mais pas forcément comment nous le transmettre. Azor est de ceux-là.

Andreas Fontana aurait été inspiré par les carnets d’un parent, qui fut un de ces banquiers suisses aux secrets bien gardés. Le réalisateur se risque par le biais de la fiction à livrer une bribe de vérité. Son film est un avatar modeste mais tortueux du Parrain, métaphore bien connue du capitalisme à l’américaine : it’s not personal, it’s business.

Le réalisateur nous noie sous des noms de personnages ou d’institutions qu’on peine à identifier, perd son temps dans des conversations de salon inutilement creuses.

On apprécie Fabrizio Rongione en Michael Corleone hésitant. Tout le récit tend d’ailleurs vers une séquence finale, glaçante, qui consacre la conversion morale de son personnage, comme chez Coppola. Stéphanie Cléau compose pour sa part une suave Lady McBeth pour garden party.

Mais Azor arrive un peu tard dans l’histoire du cinéma et des compromissions de la finance mondiale. De Missing à The Big Short en passant par Narcos – sans même parler des scandales financiers à la une des journaux – nombreuses sont les œuvres à côté desquelles ce film bavard paraît déjà poussiéreux.

Andreas Fontana hésite à assumer ni la violence suggérée du régime qu'il dénonce ni la forme du thriller qu’il s’échine à esquisser. Comme s’il redoutait de regarder droit dans les orbites les cadavres du placard qu’il a ouvert.

Azor Thriller financier De Andreas Fontana Scénario Andreas Fontana Avec Fabrizio Rongione, Stéphanie Cléau, Carmen Iriondo, Juan Trench,… Durée 1h40

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