Edgar Wright invente le film noir pour teenage, remixant Tarantino et Refn. Inégal et écu (cu) lé.

Baby (Ansel Elgort, le Caleb de la saga "Divergente") a deux passions : la musique et la conduite. Deux embardées ont modifié le destin de ce surdoué du volant. Celle qui a coûté la vie à ses parents (voilà pour le drive émotionnel) et l’autre qui lui a fait croiser la route de Doc (Kevin Spacey). Cerveau ès braquages (ça, c’est pour le moteur dramatique). "Baby" rembourse sa dette en jouant les émules de Ryan Gosling dans "Drive", en mode "Fast&Furious".

Victime d’acouphènes suite à un accident, Baby les noie sous des nappes de musique. Ça agace certains gros bras avec lesquels il bosse, mais ça occupe la bande-son et offre à Edgar Wright la facilité de cliper une scène sur deux. Pratique quand le scénar tient sur une ligne de constat d’accident. D’ailleurs, le film est né de ce format, dans le clip de "Blue Song", que Wright signa pour le groupe Mint Royale en 2003. Depuis, il a réalisé "Shaun of the Dead", "Hot Fuzz" et "Scott Pilgrim vs the World", démontrant que, oui, il sait torcher des scènes coup-de-poing - et tant pis si ça manque de profondeur et d’inventivité.

On reste songeur quand on sait que l’idée du scénario remonte à 1994, année de sortie de "Pulp Fiction" de Tarantino. Sa tchatche se cherche dans les punchlines. A moins que ce ne soit celle du modèle littéraire du Quentin, Elmore Leonard, dont l’influence se ressent aussi dans le profilage des truands colorés - mais convenus : Jamie Foxx en braqueur parano, bavard et expéditif, l’ex- "Mad Man" Jon Hamm reconverti bad guy gominé, accro au sexe et à l’adrénaline, Kevin Spacey en Kevin Spacey - au moins n’imite-t-il personne ici.

Il n’est pas exclu que Wright, bardé de son étiquette "hype", fantasmait sur un nouveau "The Italian Job" (l’original, pas le remake), film culte en ses îles britanniques natales, pimenté d’une touche de "Heat" de Michael Mann.

Mais ces belles références se jouent en mode mineur (bin, oui, fallait la faire celle-là). Le film n’arrive pas à la cheville de ses modèles et son ciblage teenage à travers le juvénile Baby/Ansel Elgort affaiblit aussi sa crédibilité interne (ce gamin tient tête à des tueurs patentés : WTF ?). A force de mêler les registres et d’abuser des effets de style grotesques (une fusillade rythmée par les percussions de "Tequila" : même Tarantino n’oserait pas), Wright accouche d’un film certes stylé, mais abâtardi, lisse et, in fine, outrageusement normatif.


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Réalisation et scénario : Edgar Wright. Avec Ansel Elgort, Lily James, Kevin Spacey, Jon Hamm,… 1h53.