Écosse 1994. Spanner (Lorn Macdonald) et Johnno (Cristian Ortega), 15 ans, sont inséparables. Après l’école, ils traînent avec leurs potes dans un hangar abandonné, dans un quartier défavorisé de Glasgow. La bière coule à flots et, sur une radio pirate diffusant de la musique en continu, on annonce une future grande soirée "Revolt". "Ne sois pas un esclave, va à la rave !", clame le slogan de cette fête clandestine. Mais les flics débarquent rapidement pour disperser les jeunes. Parmi eux, Robert, le nouveau beau-père de Johnno, chez qui il va bientôt devoir déménager avec sa mère et son frère. Au grand désespoir de son pote, un "cas social" qui vit avec son grand frère, un petit truand ultra-violent. Avant que leurs routes ne se séparent, Spanner fait promettre à Johnno de passer une dernière soirée ensemble…

La fin d’une époque

Coproduit par un duo étonnant - Steven Soderbergh et Ken Loach -, Beats est le quatrième long métrage de Brian Welsh, révélé en 2010 avec In Our Name, mais aussi avec un excellent épisode de Black Mirror , la série de science-fiction de Netflix. Après avoir relu les années 80 dans son dernier film The Rack Pack (sur l’univers du snooker professionnel), l’Écossais nous plonge ici dans la culture rave des années 1990 en Grande-Bretagne. Et il ne choisit pas la date par hasard : l’été 1994. À la télévision, on peut ainsi entendre Tony Blair lancer son slogan "New Labour, New Life For Britain", lors du congrès du Parti Travailliste qui consacre sa conversion à l’économie de marché et au libéralisme. C’est bien sur ce fond socio-politique que se déroule cette révolution d’une jeunesse qui refuse le modèle de société qui lui est imposé, préférant aller danser sur des beats répétitifs lors de rassemblements clandestins, avec l’aide d’alcool ou de drogue synthétique…

Ode à la joie et à la liberté, Beats est pourtant empreint d’une profonde mélancolie. Optant pour un noir et blanc léché et une mise en scène rythmée, au diapason de son impressionnante bande-son (confiée au DJ de Glasgow J.D. Twitch), le film parvient à se détacher de son modèle évident : Trainspotting. Car Welsh ne fait pas du Danny Boyle. Si le montage se fait par moments psychédélique - notamment dans la très belle séquence centrale -, sa mise en scène joue moins les effets gratuits. Elle se met au service d’une histoire simple. Celle d’une amitié entre deux adolescents à l’orée de l’âge adulte, rattrapés par leur famille et par la vie…

Beats Comédie dramatique De Brian Welsh Scénario Brian Welsh & Kieran Hurley (d’après la pièce de ce dernier) Musique Stephen Hindman&Penelope Trappes Avec Cristian Ortega, Lorn Macdonald, Brian Ferguson, Laura Fraser… Durée 1h41.

© Note LLB