Comment rétablir le contact avec un ami précipité dans une autre dimension à la suite du décès d’un enfant.

Howard - on reprend Will Smith là où on l’avait laissé en "Hitch, expert en séduction" - mobilise les collaborateurs de l’agence de pub qu’il a fondée avec son ami Whit. Le gars est irrésistible. Il vendrait des préservatifs à Mgr Léonard, un Coran à Salah Abdeslam, une Constitution congolaise à Kabila.

Trois ans plus tard, on découvre le même Howard passant sa journée à poser des dominos pour les regarder s’écrouler ensuite. La métaphore est explicite. Que s’est-il passé ? Il a perdu sa fille de six ans et est entré dans une autre dimension, connue de ceux qui ont vécu pareille tragédie. Voilà six mois qu’il est ailleurs et sa boîte est au bord de la faillite. Whit, son associé, aimerait le ramener un peu à la réalité économique, à ces dizaines de personnes au bord du licenciement. Mais impossible de créer le contact.

C’est alors que surgit une idée : puisqu’il est impossible de ramener Howard dans la réalité, essayons d’entrer dans la sienne. Et de charger un détective privé de le renseigner sur ce qu’Howard fait de ses journées quand il ne joue pas aux dominos. Rien. Si ce n’est écrire des lettres. A qui ? A la mort, à l’amour, au temps.

Whit engage alors trois comédiens pour personnaliser la mort, l’amour, le temps afin qu’ils surgissent dans la vie d’Howard pour répondre à ses messages.

Alors que dans "Réparer les vivants", Katell Quillévéré montrait la mort donner la vie à travers la transplantation cardiaque, "Beauté cachée" s’emploie à réparer le vivant, celui qui est pulvérisé par la séparation, la douleur, la tristesse, le deuil d’un enfant. Comment réparer celui qui est en pièces ?

Loin des pistes traditionnelles - religieuse, poétique ou fantastique -, le scénario s’aventure sur un chemin surprenant, théâtral, déconcertant. Et en dépit de son mobile originel matérialiste, il débouche sur cette perspective de beauté collatérale, visible par ceux qui veulent regarder au-delà.

L’idée est belle, peut-être même efficace, mais imposait épure, dignité, simplicité. Et malheureusement, David Frankel fait tout le contraire. On voit la louche en remettre une couche, on voit la métaphore dopée comme un sportif russe, on voit une surdramatisation des situations (Howard remontant la circulation en vélo à contresens), on voit une pirouette finale qui laisse d’autant plus perplexe que la sobriété des acteurs n’est pas toujours de mise. Elle n’a d’ailleurs jamais fait partie des qualités de Will Smith.

Il n’en reste pas moins un film qui a le mérite de questionner une réalité.


© IPM
Réalisation : David Frankel. Scénario : Allan Loeb. Avec Will Smith, Kate Winslet, Keira Knightley, Helen Mirren, Edward Norton… 1h 34