Le Flamand Felix Van Groeningen se souvient de ses folles années gantoises.

Jo et Frank, deux frères, ne se sont pas vus depuis des mois. Revenu de son exil, le plus jeune est désormais patron d’un petit café à Gand. S’ennuyant ferme auprès de sa femme et de leur fils, l’aîné décidé de venir lui donner un coup de main derrière le bar. Très vite, les deux frangins voient les choses en plus grand et transforment la salle attenante au bistrot en salle de concerts.

Géré en famille avec leur bande de potes, le "Belgica" devient un lieu branché, accueillant les meilleurs groupes alternatifs lors de soirées d’anthologie. Mais les problèmes surgissent rapidement : drogue, violence… Les liens du sang suffiront-ils à conserver l’esprit du lieu intact ?

Après le succès de "La merditude des choses" et surtout d’"Alabama Monroe" ("The Broken Circle Breakdown"), Felix Van Groeningen était attendu au tournant. S’inspirant de ses souvenirs - son père tenait à Gand le café qui deviendra le "Charlatan", café-concert mythique où il a travaillé -, le jeune prodige du cinéma flamand signe son film le plus personnel, même s’il s’inscrit dans la lignée de ses œuvres précédentes. La musique tient en effet à nouveau un rôle central, tout comme la question de la paternité. Tandis que l’on retrouve la même habilité à filmer une certaine Flandre populaire.

Dans sa première heure, "Belgica" est un régal. Van Groeningen n’a pas son pareil pour capter l’esprit de la fête, dans une succession de scènes musicales variées et d’une rare énergie. Et ce, grâce à la collaboration des frères Dewaele (Soulwax), qui ont créé pour lui quinze groupes différents ! Le cinéaste est parfaitement à l’aise pour décrire les efforts des deux frères pour parvenir à rendre réel leur rêve d’une fête permanente.

Le problème, c’est que tout a une fin. Dans sa seconde partie, "Belgica" décrit donc la descente aux enfers et les dissensions entre les personnages, ravagés par l’alcool et la coke. A mesure qu’il s’agit de poser la question du passage à l’âge adulte, de la nécessité de faire face à ses responsabilités (les enfants et les femmes, notamment) et donc de renoncer à ses idéaux, le film perd en force, tire en longueur. "Belgica" finit même par se couler dans les habits d’un film qu’on a déjà vu un peu trop souvent sur le monde de la nuit, entre lignes de coke et baise sans désir. Les clichés et une forme de moralisme, déjà présents dans "The Broken Circle Breakdown", reprennent en effet le dessus.

Emmené par un duo de comédiens épatants (Stef Aerts et Tom Vermeir) et porté par un vrai sens de la mise en scène (qui a d’ailleurs valu à Van Groeningen le prix du meilleur réalisateur à Sundance), "Belgica" reste néanmoins un film solide, qui plus est traversé par une douce mélancolie, notamment sur l’évolution suicidaire du pays. Le club et le film ne s’appellent pas "Belgica" pour rien…


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 Réalisation : Felix Van Groeningen. Scénario : Arne Sierens & Felix Van Groeningen. Photographie : Ruben Impens. Musique : David & Stephen Dewaele. Montage : Nico Leunen. Avec Stef Aerts, Tom Vermeir, Stefaan De Winter, Sam Louwyck, Charlotte Vandermeersch, Hélène De Vos… 1h37