Un remake en 3D mais sans aucune finesse du classique hollywoodien de William Wyler.

Depuis les débuts du cinéma, le roman du Capitaine Lew Wallace "Ben-Hur. A Tale of The Christ" a passionné Hollywood. Une première version longue muette (mais sonorisée) en 1925 sera suivie par le grand classique de William Wyler en 1959, qui contait la relation d’amour-haine entre Judah Ben-Hur, le prince juif (Charlton Heston) et le noble romain Messala (Stephen Boyd), qui envoya son ancien ami aux galères. C’est le film de tous les superlatifs ! Un budget colossal de 15 millions de dollars (le plus important à l’époque) mais qui en rapporta 74 millions la MGM, ainsi que 11 oscars…

Mais pourquoi diable faire un remake de ce classique ? D’autant qu’on se demande aujourd’hui si cette vieille histoire de déchirure fraternelle sur fond de naissance du christianisme a encore de quoi galvaniser les foules. Alors oui, il y a bien la 3D et, bénéficiant des dernières technologies numériques, la scène de la course de chars dans le cirque est forcément très impressionnante. Mais avant d’en arriver là, il aura fallu se farcir un péplum de seconde zone, confié aux mains grossières du cinéaste kazakh Timour Bekmambetov.

C’est peu dire que l’auteur des films de vampires "Night Watch"/"Day Watch" ou encore de l’improbable "Abraham Lincoln, chasseur de vampires" ne possède pas la finesse de William Wyler. Si le second renonçait presque au spectaculaire pour se concentrer sur la déchirure entre Ben-Hur et Messala (les Anglais Jack Huston et Toby Kebbell, aussi peu charismatiques l’un que l’autre), Bekmambetov ne cherche qu’à en mettre plein les mirettes, transformant le péplum en un vulgaire film d’action. Le plus bel exemple est sans doute le traitement réservé au Christ. Le Juif William Wyler lui conservait toute son aura et son mystère en ne le filmant jamais de face, là où Bekmambetov en livre une vision ultra-classique. Pire, il transforme Ben-Hur en un double physique du Christ pour bien annoncer sa conversion. Là où, au contraire, Wyler laissait, lui, planer le doute…


© IPM
Réalisation : Timur Bekmambetov. Scénario : R. Clarke&John Ridley. Musique : Marco Beltrami. Avec Jack Huston, Morgan Freeman Toby Kebbell… 2 h 05.