Ce week-end, la Berlinale présentait deux films belges: Hellhole du Flamand Bas Devos et By the Name of Tania, de Bénédicte Liénard & Mary Jiménez.


Dévoilé vendredi soir au Panorama, Hellhole est le second long métrage de Bas Devos, qui avait fait des débuts remarqués, il y a cinq ans à la Berlinale, avec Violet. De quoi offrir au jeune cinéaste flamand les moyens de s’offrir un joli casting, avec notamment les toujours parfaites Lubna Azabal et Alba Rohrwacher. Lesquelles campent deux des personnages dont Devos entrelace les destins dans ce portrait, en creux, de la capitale belge au lendemain des attentats de mars 2016.

Retrouvant l’excellent directeur photo anversois Nicolas Karakatsanis (Rundskopf, I, Tonya, Le Fidèle…), Devos donne vie, grâce à une atmosphère envoûtante, à un portrait choral de Bruxelles et des Bruxellois. De la Cité modèle de Laeken aux appartements chics près de la Commission européenne, Hellhole décrit en effet une ville qui panse ses blessures après les attentats et qui cherche à revivre ensemble.

Très ambitieux dans son propos, Devos n’en reste pas moins d’abord un cinéaste. Sa caméra, mouvante, hypnotique par moments (notamment dans de longs travellings circulaires sur les murs bruxellois), se pose en observatrice d’une galerie de personnages marqués la solitude, voire une forme de dépression qui ronge une ville toute entière. Des personnages qui se croisent sans réellement se voir et qui, malgré leurs différences (origines, sexes, milieu social), partagent une même crainte sourde, un même mal-être, dans une société rongée par le manque de lien social.

© Berlinale

S’effacer pour survivre

Dimanche après-midi, dans la section Generation14+, consacrée au cinéma à destination des ados, les Belges Bénédicte Liénard et Mary Jiménez dévoilaient, elles, By the Name of Tania. Après d’être intéressées au sort des migrants dans leur première fiction Le chant des hommes en 2016, les deux cinéastes, auteures de nombreux documentaires, brouillent ici les pistes, en illustrant le témoignage d’une prostituée péruvienne mineure.

« J’ai tout perdu, même la honte, même mon nom », explique en voix off, Tania, jeune Indienne des Andes, qui confie son histoire tragique. Celle d’une gamine forcée par une « tante » de remonter l’Amazone en direction d’une petite ville minière. Là, dans un bar miteux, elle sera chargée de faire boire et danser les hommes après leur rude journée de travail de prospection. Et plus sans affinité bien sûr…

A la suite de leur documentaire Sobre las Brasas, déjà tourné au Pérou, Liénard et Jiménez accouchent d’un film hybride, ni pur documentaire, ni pure fiction. Cette errance le long de bidonvilles flottants et dans une jungle impénétrable, elles l’ont en effet basée sur des témoignages réels de jeunes filles utilisées, contre une promesse de richesse, comme chair à plaisir pour des prospecteurs qui, eux aussi, ont de l’or plein les yeux…

Porté par une photographie envoûtante, By the Name of Tania ne cherche pas à reconstituer les situations sordides vécues par l'héroïne, plutôt à évoquer de façon lascive l’ennui, l’abrutissement e le désespoir de ces jeunes filles, rouages parmi d’autres d’un système capitaliste qui détruit tout (l'humanité, comme la nature...) au nom de l’argent roi.

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