Dans le cadre d’une programmation consacrée au carnaval, le cinéma Nova nous fait découvrir de drôles d’Indiens…

A l’instar de Rio, de Venise ou de Binche, La Nouvelle Orléans possède un carnaval connu dans le monde entier. Importée par les Français, la tradition du Mardi Gras (en français dans le texte) reste vivace en Louisiane et traîne chaque année des dizaines de milliers de touristes dans les rues du French Quarter. Ce n’est cependant pas à ce carnaval emblématique que se sont intéressés les Français Jo Béranger (décédée à l’issue du tournage), Edith Patrouilleau et Hugues Poulain (le chef opérateur de Kervern et Delépine) dans Black Indians. Au rythme des chants et de la danse, leur documentaire nous fait découvrir la tradition des Indiens noirs des quartiers pauvres de La Nouvelle Orléans. Tout comme l’avait déjà fait, il y a quelques années, David Simon dans Treme, son excellente série pour HBO.

Esclaves et affranchis n’ayant pas droit au Mardis Gras, ils ont imaginé au XIXe siècle ce carnaval qui rend hommage aux peuples amérindiens, dont les Séminoles, qui ont recueilli dans leurs tribus les esclaves en fuite dans les bayous. Et durant cet unique jour de l’année, les Noirs pouvaient devenir des chefs, défier la police et sortir dans la rue dans des costumes qui, au fil des années, sont devenus de plus en plus somptueux. Désormais, ce sont une quarantaine de "nations" (on dirait compagnies à Binche) qui préparent avec dévotion ce moment de fête et de fierté. Et si ces indiens afro-américains peuvent désormais défiler lors du Mardi Gras de La Nouvelle Orléans, leur carnaval se déroule à un autre moment, lors du "Super Sunday", soit le dimanche le plus proche de la Saint-Joseph (le 19 mars).

Un grand chef et un bison blanc

Comme guide dans cet univers coloré, les documentaristes français ont choisi David Montana, "grand chef" de la nation Washitaw (qui se revendique d’une tribu noire autochtone précolombienne), entouré de sa "reine", de son "porte-drapeau" ou de son "Medecine Man". De l’incroyable minutie que demande la création de sa parure (conçue cette année-là sur le thème du bison blanc) aux sorties costumées dans les rues de La Nouvelle-Orléans, en passant par les répétitions, Black Indians nous plonge au cœur de la complexité de l’identité américaine au lendemain de l’ouragan Katrina, encore dans toutes les mémoires en Louisiane.

Au-delà de l’aspect festif de ce carnaval inédit, ce qui fascine, c’est sa forte conscience politique. Car le carnaval n’a rien perdu ici de son sens originel, étant toujours pour ces habitants des quartiers pauvres de La Nouvelle Orléans une façon d’exprimer leur fierté. Et ce en dressant un pont entre le génocide des Indiens d’Amérique et l’esclavage des peuples africains par l’homme blanc. C’est toute cette histoire tragique qui se lit dans chaque détail du costume du "Big Chief" Washitaw. Et là où certains (Indiens notamment) pourraient voir une forme d’appropriation culturelle, se lit surtout le digne hommage d’un peuple opprimé à un autre…H.H.

Le film sort au cinéma Nova à Bruxelles à partir du 9 janvier. Ce jeudi 09/01 à 20h30, Hugues Poulain sera présent pour présenter son film au public.

Black Indians Documentaire Réalisation Jo Béranger, Edith Patrouilleau & Hugues Poulain Photographie Hugues Poulain Durée 1h32.

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