Cinéma

Denis Villeneuve réussit son pari fou de ne pas cloner le classique de Ridley Scott.

Une voiture volante survole un paysage dévasté et recouvert d’une brume épaisse. A perte de vue, des centrales solaires et des cultures sous serre. Un peu plus tard, elle regagne une Los Angeles sombre et tentaculaire, peuplée de publicités holographiques… Les premières minutes de “Blade Runner 2049” nous replongent d’emblée dans l’univers visuel imaginé il y a 35 ans par Ridley Scott, dans l’un des grands classiques de la science-fiction.

Sans rien dévoiler de l’intrigue – Denis Villeneuve a fait précéder toutes les visions de presse d’une adresse amicale en ce sens aux journalistes –, on peut dire que Ryan Gosling succède à Harrison Ford dans le rôle du Blade Runner, ces flics du LAPD chargés de traquer et désactiver les derniers modèles de réplicants récalcitrants. Que l’histoire se passe en 2049, soit 30 ans après le premier volet. Et que Villeneuve parvient à conserver le mystère autour de la grande question laissée en suspens depuis 1982  : Rick Deckard (Harrison Ford) est-il un réplicant   ? Même si, dans son “final cut” en 2007, Ridley Scott apportait un élément de réponse.

Comment donner une suite, trois décennies plus tard, à “Blade Runner”  ? Le pari semblait voué à l’échec, avec comme seul risque de braquer les millions de fans d’une œuvre fondatrice qui, sous l’influence de Moebius, a profondément marqué l’esthétique de la S-F au grand écran. Ridley Scott lui-même n’était pas parvenu à convaincre avec “Alien : Covenant”, réalisé 37 ans après son “Alien”… S’il reste producteur de cette suite, le Britannique a cette fois eu la bonne idée de faire un pas de côté et de confier cette suite à Denis Villeneuve.

Après l’excellent “Arrival” en 2016, le jeune cinéaste québécois démontre à nouveau qu’il prend la science-fiction très au sérieux et signe le grand film tant attendu. S’il rend sans cesse hommage au “Blade Runner” original, les allusions sont subtiles et toujours parfaitement intégrées au récit… Tandis qu’Hans Zimmer propose dans sa bande-son des variations délicates sur la partition mythique de Vangelis.

Si “Blade Runner 2049” est une telle réussite, c’est parce que Denis Villeneuve a réussi à trouver sa place. Pas question ici de signer un remake caché de l’original (comme dans le dernier “Star Wars” par exemple) mais bien de prolonger la réflexion autour de l’intelligence artificielle et de l’éveil à la conscience des robots imaginée par Philip K. Dick dans son roman “Les androïdes rêvent-ils de moutons électriques   ?”, publié en 1968 et dont “Blade Runner” était l’adaptation. En 2017, ces questions ont, depuis quelques années déjà, débordé le cadre de la science-fiction et sont ici intelligemment mises à jour. Notamment à travers un personnage d’entité virtuelle faisant penser au “Her” de Spike Jonze ou aux assistants personnels d’Apple ou de Google qu’on utilise déjà tous les jours…

Enfin, pour rendre son film accessible aujourd’hui, Villeneuve a dû quelque peu faire évoluer le rythme. Là où Ridley Scott livrait un Film Noir (avec son enquêteur taciturne, sa femme fatale, ses ambiances en clair-obscur…), son cadet se tourne plus volontiers vers l’action. Même si celle-ci ne prend heureusement jamais le dessus sur l’aspect contemplatif du film. De quoi nous laisser profiter de la splendeur visuelle de cet univers rétro-futuriste écologiquement dévasté par la montée des eaux et la pollution. Mais aussi nous laisser approfondir l’éternelle question métaphysique : qu’est-ce qui fait de nous des êtres humains ?

© IPM
Réalisation : Denis Villeneuve. Scénario  : Hampton Fancher&Michael Green. Photo- graphie : Roger Deakins. Avec Ryan Gosling, Harrison Ford, Sylvia Hoeks, Robin Wright, Jared Leto, Hiam Abbass… 2h43.


De 2019 à 2049

© Sony Pictures

Courts métrages. Pour faire monter la pression chez les fans, Sony et Denis Villeneuve ont diffusé en ligne trois petits films permettant de faire le lien entre les événements du premier "Blade Runner", situé en 2019, et "Blade Runner 2049". Comme Ridley Scott l’avait fait l’année dernière en dévoilant un court métrage situé entre son nouveau "Alien : Covenant" et l’"Alien" originel de 1979.

Confié au Japonais Shinichiro Watanabe (connu pour les mangas "Cowboy Bebop" et "Samurai Champloo"), Blade Runner 2022 se déroule à Los Angeles trois ans après la fuite de Rick Deckard et Rachel. Ce film d’animation d’une petite quinzaine de minutes décrit un événement majeur auquel se réfère le film de Villeneuve : le black-out de 2022. Résultant d’une attaque terroriste, celui-ci a laissé les Etats-Unis dans le noir durant 10 jours et a effacé quasiment toutes les données. Cet événement traumatique a conduit à la prohibition totale des réplicants et à la faillite de Tyrel Corporation…

Se déroulant quatorze dans plus tard, 2036: Nexus Dawn (tourné cette fois en images réelles par Luke Scott, le fils de Ridley) introduit le personnage de Niander Wallace, campé par Jared Leto. Après avoir racheté les cendres de Tyrel, celui-ci s’est lancé dans la production de nouveaux modèles de réplicants, les Nexus-8, totalement obéissants et sensibles à la douleur. On le découvre ici faire campagne contre la prohibition des réplicants, en fournissant une preuve éclatante de la totale soumission de sa nouvelle création…

Enfin, dans 2048: Nowhere to Run, Luke Scott décrit la vie clandestine des réplicants traqués par les Blade Runners, à travers le personnage de Sapper Morton, qui vient ici en aide à une petite fille, au risque de révéler au monde sa véritable identité. Interprété par l’ancien catcheur américain Dave Bautista, ce personnage est le premier que Ryan Gosling rencontre dans "Blade Runner 2049".