En 2006, Borat venait secouer la comédie hollywoodienne, en faisant exploser tous les codes du genre et de la décence, avec un faux documentaire hilarant composé de caméras cachées où l’excellent Sacha Baron Cohen se moquait des travers de l’Amérique. Seize ans plus tard, le comédien ressort son arme de destruction massive, la provocation, pour dénoncer les soutiens de Donald Trump.

Mis en ligne par Amazon Prime très opportunément le 23 octobre dernier, à la veille de l’élection présidentielle américaine, Borat 2 (ou plutôt Borat, nouvelle mission filmée : Livraison bakchich prodigieux pour régime de l’Amérique au profit autrefois glorieuse nation Kazakhstan) entend railler joyeusement l’Amérique qui vote Donald Trump. Pour ce faire, l'acteur britannique réendosse donc le costume gris du journaliste kazakh Borat Sagdiyev. Cette fois, le Premier ministre Noursoultan Nazarbaïev l'envoie en mission de l'autre côté de l'Atlantique pour apporter un cadeau à Donald Trump: le ministre de la Culture kazakh, Johnny le Chimpanzé. Malheureusement, à son arrivée sur le sol états-unien, le singe a été dévoré dans sa caisse par Tutar (Maria Bakalova), la fille de 15 ans de Borat, qui rêvait de suivre son père dans son voyage. Ravie d’habiter dans une cage, la jeune fille naïve — elle croit dur comme fer que les femmes ne peuvent pas conduire ou qu’elle risque de se faire dévorer la main par son propre vagin si elle se masturbe — est enthousiaste à l’idée de devenir la nouvelle Melania (star d'un dessin animé populaire dans son pays), en étant offerte au vice-président Mike Pence…

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Trop scénarisé

Tourné dans le plus grand secret il y a quelques mois, Borat 2 — premier film à intégrer le Coronavirus au coeur de son intrigue — est toujours marqué par quelques scènes désopilantes. Comme une improbable danse de la fertilité de Borat et de sa fille devant un parterre atterré lors d’un bal des débutantes dans le Sud profond. Ou ce concert en plein air à Olympia, dans l’État de Washington, où, grimé en cow-boy, Sacha Baron Cohen fait reprendre en choeur à la foule, composée de partisans de Donald Trump, une chanson ouvertement raciste anti-Obama et dénonçant la "grippe du Wuhan". Une scène qui a d'ailleurs valu à l'acteur une sacrée frayeur. Il a en effet dû quitter précipitamment la scène quand, reconnu, il a été poursuivi par des hommes armés jusque dans sa caravane, avant de devoir prendre la fuite. Comme il l’a révélé en vidéo sur Twitter.

Et c’est justement là tout le problème de cette suite. Borat est un personnage trop connu et pas seulement quand il enfile son emblématique mankini vert fluo. On voit d’ailleurs ici le personnage se retrouver face à son propre déguisement dans un rayon farces et attrapes... Impossible donc pour Sacha Baron Cohen de continuer à pouvoir tromper aussi facilement ses cibles. D’où la nécessité de multiplier les déguisements, mais aussi d’avoir recours à une scénarisation beaucoup plus poussée. Notamment dans la mise en scène de la relation de Borat avec sa fille. Et ce quitte à tourner le dos au politiquement incorrect pour se remettre sur une ligne plus convenue — au lieu d'enlever Pamela Anderson et de courir après les Juifs, Borat deviendrait presque féministe et philosémite... Tandis que, guère surprenant, Borat 2 se contente de reproduire quasi à l’identique la structure du premier film. Mais où est donc passé Larry Charles, réalisateur du premier Borat, mais aussi de Brüno en 2008 et de The Dictator en 2012, autres parodies délirantes du Britannique, cette fois remplacé par Jason Woliner?

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La réalité dépasse la fiction

Si Sacha Baron Cohen a réussi à créer la polémique, et l’embarras du président américain, avec une séquence où l’on voit l’ancien maire de New York et soutien de Donald Trump Rudy Giuliani dans une position très délicate (la main dans le pantalon face à l'actrice Maria Balakova), Borat 2 n’est jamais aussi percutant que le premier opus.

C’est qu'en 16 ans, l’Amérique a beaucoup changé. Et, aussi loufoque soit-il, Borat n’arrive pas à la cheville de ceux qu’il dénonce: les soldats (parfois armés) de Trump. Ceux-ci tiennent en effet des discours tout aussi délirants (sur les masques, QAnon, les théories du complot et on en passe) et tout aussi racistes que Borat lui-même. Sauf qu’eux les débitent au premier degré. La réalité dépasse malheureusement très largement la fiction...

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Borat Subsequent Moviefilm / Borat, nouvelle mission filmée Comédie potache De Jason Woliner Scénario Sacha Baron Cohen Photographie Luke Geissbuhler Musique Erran Baron Cohen Avec Sacha Baron Cohen, Maria Bakalova, Mike Pence, Rudy Giuliani… Durée 1h35

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