Bords de mer

Cinéma

Fernand Denis

Publié le - Mis à jour le

Bords de mer
© D.R.

C’est ce qu’on appelle un exercice de style. Avec un thème et une contrainte.

Le thème : les vacances à la mer. Plutôt Normandie, Bretagne, Loire-Atlantique. Plutôt hors saison. Plutôt bon air que bronzette, vent que soleil. Et la contrainte est rude : pas un mot, enfin, pas de dialogue. Le film est donc sonore, mais muet. Rien de tel qu’une contrainte pour stimuler l’imagination. Pascal Rabaté en a à revendre. Son débouché, c’était la bande dessinée, mais il s’est diversifié, côté ciné, depuis l’an dernier, avec "Les petits ruisseaux", une comédie emmenée par Daniel Prévost dans une toute petite auto orange. Voici déjà le suivant.

Soit une station balnéaire, pas loin de Saint-Nazaire, un coin plutôt désert. Sur la très grande plage, on ne voit que deux couples. Un homme s’amuse avec un cerf-volant et le lâche malencontreusement en essayant d’attirer l’attention de sa femme, et voilà que la poignée emporte la chaîne en or avec croix de l’autre femme. Un couple court derrière ses objets perdus, Dieu seul sait où le cerf-volant les emmènera. Celui qui prend son café devant sa caravane le verra-il passer ? Rien n’est moins sûr. D’abord, il lit son journal, et puis des voisins arrivent aujourd’hui, il y aura de l’animation. Un sado-maso en pleine action le verra bien, lui. Mais pas les deux punkettes sortant d’une épicerie de type roumain sous Caeucescu. Deux golfeurs en vadrouille dans leur voiture éclectique, pas plus que les participants à un enterrement n’y prêteront attention. Vole le cerf-volant, le film choral est en place.

Est-ce sa science de dessinateur, mais Rabaté a, d’une part, le sens du gag, de sa chute, et puis, de l’autre, une façon particulière de solliciter davantage, le son, l’image, les décors et, surtout, ses acteurs.

Bien sûr, on pense à Tati et aux "Vacances de Monsieur Hulot". Et encore un peu plus au "Yoyo", de Pierre Etaix. Les personnages ont l’air de prendre des vacances après un tournage avec Kaurismaki. Mais en deux films, Rabaté a tracé les contours de son univers. Celui du temps libre. C’était la retraite dans "Les petits ruisseaux", ce sont les vacances, cette fois, où l’on s’occupe comme on peut. Un certain éloge de la lenteur - l’escargot du tout premier plan et la voiture de Prévost de retour en bleu et blanc. Un sens de l’humour très visuel - l’épicier trace lui-même ses codes-barres et quand un pot de haricots est scanné à la caisse, on peut lire "has bean". C’est un film sur la mer tout autant que sur le couple, montré à ses différents stades, de sa création jusqu’à sa crémation. Il y a aussi une relecture des contes, et notamment celui des "Trois petits cochons". En parlant de petit cochon, Rabaté a un rapport singulier avec la sexualité. C’est celle du troisième âge qui l’intrigue. Cela faisait tout l’intérêt sensuel des "Petits ruisseaux". Il remet cela avec une partie de scrabble et un album style Panini hot.

Les acteurs sont au naturel dans son monde. Et on espère que le film sera à l’affiche de tous les cinémas des bords de mer, car on ne peut rêver meilleur programme pour passer quand même un bel après-midi, un jour de pluie.

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