"Tower Heist" rappelle l’art de l’industrie du cinéma américaine à rebondir sur l’actualité. La chute de l’escroc financier Bernard Madoff inspire ici celle de Shaw (Alan Alda), milliardaire respecté, dont le dernier coup avant son arrestation aura consisté à détourner le fonds de pension des employés du building cinq étoiles où il réside. Ruinés, une poignée de larbins s’indignent, et, sous la houlette de l’ex-chef d’équipe zélé, Kovacs (Ben Stiller) s’allie avec un cambrioleur à la petite semaine (Eddie Murphy) pour se faire rembourser par le confortable bas de laine planqué par l’escroc.

Derrière son argument un rien opportuniste (voire démago - mais qui n’a pas rêvé de cette forme de justice), "Tower Heist" est ce qu’on pourrait appeler une comédie sociale. Sans asséner de grands discours, sans prétendre faire avancer le schmilblick (ou inverser la roue de la fortune), le scénario n’en est pas moins une version "light" de l’indignation en vogue. Où quand braquer les requins devient affaire de morale.

C’est le genre d’emplâtre à sa mauvaise conscience que l’Amérique libérale adore. Des "sans classes" unis dans l’adversité et dans la diversité ethnique. Ces anonymes, qui œuvrent dans l’ombre du système, braquent un symbole de celui-ci : un building new-yorkais lambda simplement baptisé "The Tower" (la Trump Tower, icône d’autres temps spéculatifs, sert de décor). Mais force restera à la loi. On ne va pas jeter le bébé capitaliste (dont Hollywood fait partie) avec l’eau sale de Wall Street.

On ne boude toutefois pas son (petit) plaisir, surtout devant la concorde bonhomme qui règne au sein du casting. Ben Stiller, sur du velours en brave type le cœur sur la main, laisse exister ses partenaires : Casey Affleck en beau-frère demeuré, Matthew Broderick, sur le retour, ou Téa Loni en flic pas dupe. Même Eddie Murphy, autre repêché de la renommée, joue en mode mineur là où, naguère, il en faisait des tonnes. Brett Ratner distille quelques élans de style, mais patine avec le scénario dans la deuxième partie, moins inspirée que le début. A noter deux hommages : l’un, assumé, à "French Connection", l’autre, inconscient [?], au "Corniaud".

Réalisation : Brett Ratner. Avec Eddie Murphy, Ben Stiller, Casey Affleck, Alan Alda, Gabourey Sidibe 1h44.