Echo est le nom du vieux cinéma ségrégué de Laurens (Caroline du Sud) que Mike Burden (Garrett Hedlund) retape pour le compte de Griffith (Tom Wilkinson), son patron et mentor. "Echo" comme les relents de l’Histoire. "Burden" comme ses fardeaux. Car ce n’est pas un cinéma que Griffith veut ouvrir, mais un KKK Museum. KKK comme Ku Klux Klan. Mike est comme un fils adoptif pour Griffith, homme de main et prêt à tout faire, jusqu’à monter sur un toit pour mettre en joue le pasteur Kennedy (Forest Whitaker) qui manifeste contre le musée.

Instantané d’une Amérique qui revit ses heures sombres. Si les faits authentiques dont s’inspire ce film remontent au milieu des années 1990, la résurgence éhontée du racisme blanc dans le vieux Sud est on ne peut plus d’actualité.

Le focus est porté sur Mike, le suprématiste. Plutôt un brave gars, fidèle en amitié - qu’il s’agisse de son mentor ou d’un vieux copain d’école, fut-il Noir. Le propos sous-jacent est qu’on ne naît pas raciste. Mike est coulé dans la violence du Klan depuis son enfance : Griffith offre des couteaux de chasse aux gosses et leur apprend à découper "la chair noire" entre deux blagues racistes. Le racisme institutionnel est évoqué à travers des flics blancs complaisants ou des complicités administratives. La peur fait le reste : on ne lynche peut-être plus publiquement les Noirs dans le Sud, mais on leur urine dessus en passant. Gare à celui ou celle qui réagirait.

La réponse ? Pour le pasteur Kennedy, elle passe par la prière et le bon vieux peace & love. Cet amour dont Mike a été privé. Cherchez la femme qui le lui prodiguera. Et voici l’autre point de vue du film sur ce parcours qui se voudrait exemplaire - mais trop exceptionnel que pour être généralisé : la famille, sacro-saint pilier de la société et du cinéma américains : à la figure du père de substitution abusif (Griffith) répond celle du "père" spirituel (Kennedy) et de l’instance supérieure qu’il incarne - jusqu’à une scène born again qui achève d’ancrer le film dans une réalité sociologique et historique américaine, sans doute trop complexe que pour être réduite à 2h09.

On aimerait y croire. Mais l’actualité récente démontre que le racisme systémique est plus profond qu’une bande de paumés. Deux clics sur le web suffisent en outre à découvrir que l’histoire de Burden et de sa compagne fut moins simpliste.

Autre écueil : les personnages tiennent leurs rôles, coulés d’un bloc tout du long, hors la métamorphose de Mike. Tom Wilkinson fait l’office en glaçant Grand Dragon du Klan. Whitaker incarne l’affirmative action sans forcer sa bonhomie. Mais Garrett Hedlund en rajoute : épaules voûtées, tics faciaux, corps désarticulé, il devient une caricature de redneck, marionnette de forces qui le dépassent, jusque dans sa mythification démagogique.

Burden Biopic démago de Andrew Heckler. Scénario: Andrew Heckler. Avec Garrett Hedlund, Forest Whitaker, Andrea Riseborough, Tom Wilkinson, Usher,... Durée 2h09.

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