Un documentaire en immersion sur le contrôle des chômeurs. Dur…

Lauréat du prix Cinéart au dernier festival Filmer à tout prix, "Bureau de chômage" propose une plongée dans un bureau de l’Onem de la région de Charleroi. Le dispositif est simple : en champ-contrechamp, les réalisatrices Charlotte Grégoire et Anne Schiltz filment les rendez-vous entre des chômeurs aux profils variés et leurs "contrôleurs", amenés à leur décerner des évaluations positives ou négatives, synonymes in fine de radiation du chômage. En deux ans, ce sont ainsi quelque 100 000 sanctions qui ont été prononcées par l’Onem.

Sans porter aucun jugement, se contentant d’enregistrer les conversations entre une administration procédurière et des individus, "Bureau de chômage" propose une réflexion profonde sur notre société qui ne cesse de mettre en avant la valeur du travail alors que celui-ci, cure d’austérité après cure d’austérité, plans sociaux après plans de délocalisation, ne cesse de se raréfier. En 2014, le taux de chômeurs complets indemnisés était ainsi de 10,5 % en Belgique (6,8 % en Région flamande, 15,4 % en Région wallonne et 19,4 % en région de Bruxelles-Capitale).

Ou comment, sur décision politique (idéologique ?), une administration en vient à contrôler les allocataires sociaux. C’est-à-dire bien souvent, et malgré la bonne volonté de fonctionnaires débordés qui tentent de rester humains, de les humilier. Bref, comment l’Etat social créé dans l’après-guerre est en train de se détricoter sous la pression de la révolution néolibérale qui triomphe depuis les années 80.

Le résultat s’affiche à l’écran à travers des visages inquiets, en colère ou tout simplement défaits, d’hommes et de femmes sur qui l’on fait peser une pression lourde mais surtout une insoutenable culpabilisation. Pourtant, comme témoigne un ouvrier, sur le marché du travail, "à 40 ans on est vieux et on veut allonger la pension à 67 ans…"


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 Scénario & réalisation : Charlotte Grégoire & Anne Schiltz. 1h15