"Le Chant des hommes" raconte une grève de la faim de sans-papiers étrangers. Les réalisateurs ont fait appel à des artistes, eux-mêmes migrants. Plusieurs d'entre eux nous ont livré leur histoire, qui rejoint parfois celle de leurs personnages.

Joseph a fui son pays, quelque part en Afrique subsaharienne. Joseph est homosexuel, Joseph est donc en danger de mort. Pour l’interpréter, l’acteur Dorcy Rugamba s’est "inspiré d’une histoire que je connaissais, celle d’un couturier qui a failli se faire lyncher pour son orientation sexuelle". "L’adoption de lois homophobes en Ouganda et au Nigeria m’a donné une motivation" pour incarner ce personnage à l’écran. "Sans être un activiste, cela fait partie des chantiers réels pour les artistes et toutes les personnes qui militent pour un progressisme réel en Afrique."

Ce "Chant des hommes", Dorcy Rugamba le trouve "nécessaire", pour rappeler qu’il "n’est pas évident de quitter son pays", a fortiori dans des conditions aussi extrêmes que la traversée du Sahara à pied ou de la Méditerranée en canot. "On ne peut pas entreprendre cela sans y avoir vraiment réfléchi cent mille fois. C’est une épopée incroyable, c’est Ulysse !"

Lui aussi a fui son pays, le Rwanda, c’était "au pire moment, en 1994". Il était parti le 6 avril à Butare, pour rendre visite à une de ses tantes. Le 7, jour du déclenchement du génocide, "ma famille a été assassinée" à Kigali. "J’ai su immédiatement qu’il fallait partir au plus vite." Le jeune homme traverse la frontière burundaise et, une semaine plus tard, s’envole pour Paris, où il obtient très rapidement des papiers. Il a 25 ans.

Écrire, jouer et tourner la page

En Europe, il se lie au Groupov et à Jacques Delcuvellerie, "une seconde famille". Ensemble, ils créent "Rwanda 94", une pièce de six heures qu’il coécrit et dans laquelle il joue. "Il était important pour moi de régler cette question du Rwanda, d’écrire, de jouer, de me donner la chance de pouvoir tourner la page. C’est le cas actuellement. J’ai écrit quatre projets sur ce thème. Maintenant, je suis plus dans la distance par rapport à ce sujet."

Premier prix d’art dramatique du Conservatoire de Liège, il joue ici et là, dans une pièce de Shakespeare ou dans une réalisation de Peter Brook, avec Pitcho Womba Konga qu’il retrouvera sur le tournage du "Chant des hommes". Mais il est aussi "resté profondément rwandais". "J’essaie de faire ce métier en créant des synergies entre ici et là-bas", explique-t-il. "Il est très important pour moi de rêver à l’idée qu’il y aura une renaissance rwandaise, d’injecter dans cette partie du monde qui a beaucoup souffert de l’humanité et du faire ensemble."