Dès les premières secondes, la puissance visuelle, sonore, du cinéma de Yorgos Lanthimos impose son univers et ses règles aux spectateurs. Souvenez-vous dans « The Lobster », la société commandait aux hommes et aux femmes de vivre en couple parfait sous peine d'être transformés en animal. Colin Farrell avait choisi le homard.

Quelles sont les règles dans ce monde où Colin Farell incarne maintenant un chirurgien réputé. Rien de particulier à première vue car l'attention est accaparée par un jeune garçon de 16 ans auquel notre médecin consacre beaucoup de temps et offre de beaux cadeaux. Jeune amant? Fils caché? Plus d'une heure durant, le spectateur se perd en spéculations, des plus sordides aux plus humaines lorsque notre docteur invite le garçon à passer la journée à la maison en compagnie de sa femme et des enfants. En fait, il ne cherche qu'à gagner du temps, à repousser l'ultimatum fixé par ce fils d'un patient mort sur sa table d'opération, exigeant une stricte application de la loi du talion. en guise de réparation.

C'est là que la mise en scène opère pour faire admettre dans cette ville américaine indéterminée - Cincinnati - l'existence de forces sacrées permettant à un véritable thriller mythologique de se déployer. Lanthimos a une façon spectaculaire et envoutante de découper l'espace – jamais un hôpital n'a été montré comme cela -, de suivre ses personnages en plongée ou en contre-plongée mais jamais à hauteur d'homme, et aussi de densifier l'image au moyen de la musique. Il emprunte à Hitchcock, à Kubrick, à Lynch, au film d'horreur pour créer du Lanthimos et donner une oppressante modernité à « Iphigénie »