Cinéma

La Palme d'or du festival de Cannes a été attribuée samedi à "Winter Sleep" du réalisateur turc Nuri Bilge Ceylan, longue dissection psychologique d'un sexagénaire qui règne en maître sur un village d'Anatolie.

"Cette année, c'est la centième année du cinéma turc, c'est une très belle coïncidence", a dit le réalisateur. Il a dédié sa Palme à "la jeunesse turque, à celles et ceux qui ont perdu la vie pendant l'année qui s'est écoulée", alors que son pays a connu depuis un an de violentes manifestations anti-gouvernementales. Avec cette somme de 3h16 inspirée de trois nouvelles du romancier russe Anton Tchekhov (1860 - 1904), Ceylan accède à la récompense suprême cannoise après avoir déjà remporté à deux reprises le Grand prix (2003 pour "Uzac" et 2011 pour "Il était une fois en Anatolie") ainsi que le Prix de la mise en scène en 2008 pour "Les trois singes". Pour "Winter Sleep", Ceylan installe sa caméra dans un petit village de Cappadoce dont les habitations troglodytes attirent les touristes l'été, des paysages splendides que le Turc dépeint avec brio, tout comme ses scènes d'intérieur faiblement éclairées. Avec l'hiver, l'hôtel de Aydin, ancien acteur ayant atteint la soixantaine (Haluk Bilginer), est quasi-désert, le laissant seul face à sa jeune femme et sa soeur divorcée. Aydin a de lui l'image d'un intellectuel éclairé et bienveillant. Lentement, Ceylan va minutieusement démonter cette image auto-satisfaite.

Relire la critique ici.

Découvrez le reste du palmarès :

*Palme d'or du court-métrage : LEIDI by Simón Mesa Soto

2 mentions spéciales

AÏSSA by Clément Trehin-Lalanne & JA VIELSKER by Hallvar Witzo

*Caméro d'or : PARTY GIRL de Marie Amachoukeli, Claire Burger et Samuel Theis

Le jury de la Caméra d'or, présidé par l'actrice et réalisatrice française Nicole Garcia, a choisi de distinguer cette oeuvre entre fiction et réalité, puisque l'héroïne et sa famille sont les acteurs de leur propre vie.

Ce prix récompense un film "sauvage et mal élevé", a dit Nicole Garcia avant que ne montent sur scène les trois jeunes réalisateurs: Marie Amachoukeli, Claire Burger et Samuel Theis, un des quatre enfants de l'héroïne Angélique.

Dans "Party Girl", Angélique a passé 35 ans de sa vie comme entraîneuse dans les bars de nuit de villes sans âme entre la France et l'Allemagne. Un jour, la soixantaine passée, elle entreprend de rentrer dans le rang en acceptant de se marier avec un habitué amoureux d'elle.

Avec tristesse, elle quitte ses copines de cabaret puis prévient un à un ses enfants, y compris Cynthia, placée depuis des années dans une famille d'accueil, dont elle espère qu'elle viendra.

Le film avait déjà obtenu la veille un "prix d'ensemble" dans la sélection "Un certain regard".

Nicole Garcia était accompagnée de Gilles Jacob, président du festival de Cannes, qui passera le témoin bientôt à Pierre Lescure. Gilles Jacob, 83 ans et créateur de la Caméra d'or, a été très longuement applaudi.

"Leidi", du Colombien Simon Mesa Soto, avait auparavant reçu la Palme d'or du court métrage.

*Prix d'interprétation masculine : Timothy Spall dans Mr Turner

"J'ai souvent été demoiselle d'honneur mais pas la mariée", a plaisanté l'acteur, mondialement connu par la saga "Harry Potter" et acteur fétiche de Mike Leigh.

Pour ce rôle, l'acteur a expliqué avoir suivi pendant deux ans des leçons de peinture.

Formé sur les planches du théâtre notamment dans des pièces de Shakespeare, il a fait au début des années 1980 une rencontre décisive en la personne de Mike Leigh qui lui confiera plusieurs rôles majeurs, notamment dans "Secrets et mensonges", Palme d'or 1996 à Cannes.

"La collaboration avec Mike Leigh est une collaboration de 33 ans dont je suis fier", a ajouté Timothy Spall. "Mike leigh m'a enseigné le jeu honnête où l'on sert le personnage et pas son propre ego", a-t-il ajouté.

Outre Mike Leigh, Timothy Spall est aussi un fidèle de l'acteur-réalisateur britannique Kenneth Branagh.

Il a aussi incarné Churchill dans le film oscarisé de Tom Hooper "Le discours d'un roi" et tourné également pour l'Américain Clint Eastwood dans "Chasseur blanc, coeur noir".

*Prix d'interprétation féminine : Julianne Moore dans Maps to the stars

Cette rousse de 53 ans, nommée quatre fois aux Oscars et lauréate d'un Ours d'argent à Berlin pour "The Hours", est récompensée pour son interprétation d'une starlette au creux de la vague dans le film "Maps to the Stars" du Canadien David Cronenberg.

Son personnage Havana Segrand, est assoiffée de reconnaissance et hantée par le fantôme de sa mère incestueuse, plus adulée qu'elle.

L'acteur britannique Timothy Spall a reçu le prix d'interprétation masculine pour son rôle dans "Mr Turner" de Mike Leigh.

*Prix du scénario : Andrey Zvyagintsev et Oleg Negin pour Leviathan

"Léviathan", qui dénonce la corruption et un Etat omnipotent, raconte le destin d'un garagiste, Kolia (Alexeï Serebriakov), qui mène une vie paisible dans une petite ville au bord de la mer de Barents, dans le nord de la Russie, avec sa deuxième femme et son fils né d'un premier mariage.

Mais le maire de la ville (Roman Madianov), corrompu jusqu'à l'os, jette son dévolu sur sa maison et son terrain pour un projet immobilier. Aidé d'un ami moscovite avocat, Dmitri (Vladimir Vdovitchenkov), Kolia se défend bec et ongles devant les tribunaux, s'attirant les foudres des autorités.

Le film, a répété à plusieurs reprises Andreï Zviaguintsev, n'est pas une attaque contre le régime russe. "C'est une histoire qui pourrait se dérouler partout", avait-il dit à la presse avant de rappeler que le scénario lui avait été inspiré par la même mésaventure survenue à un Américain du Colorado.

Reste que le ministre de la Culture russe a déjà fait savoir qu'il n'avait pas aimé le film qui doit sortir en septembre dans ce pays, selon le producteur

*Prix du jury : ex-aecquo MOMMY de Xavier Dolan / ADIEU AU LANGAGE de Jean-Luc Godard

C'est la première fois que le Festival de Cannes récompense le réalisateur de 83 ans, qui a refusé de se déplacer sur la Croisette.

*Prix de la mise en scène : Bennett Miller pour Foxcatcher

Le prix de la mise en scène a été attribué samedi par le Festival de Cannes à Bennett Miller pour son film "Foxcatcher", un drame des années 80 où un riche milliardaire (Steve Carell) prend sous sa coupe deux frères lutteurs (Shanning Tatum et Mark Ruffalo).

A 47 ans, et en seulement trois films de fiction, le réalisateur a cumulé les honneurs, à commencer par une nomination aux Oscars 2006 pour son premier opus, "Truman Capote", avec Philip Seymour Hoffman.

*Grand Prix : Les Merveilles de Alice Rohrwacher

Seul film italien de la Sélection officielle, il décrit comment l'irruption d'un jeune délinquant et d'une émission télévisée change la vie d'un couple d'apiculteurs en quête de pureté, vivant avec ses quatre filles en marge de la société.

Gelsomina, l'aînée des filles, s'active avec ses soeurs dans la miellerie sous la férule d'un père intransigeant, un Allemand idéaliste (incarné par le danseur néerlandais Sam Louvyck) qui croit que "le monde touche à sa fin" et qu'il faut protéger sa famille d'une société corrompue.

La réalisatrice italienne, dont le premier long métrage, "Corpo celeste" avait déjà été sélectionné à Cannes pour la Quinzaine des réalisateurs en 2011, a tourné dans une région du centre de l'Italie qu'elle connaît bien, avec sa soeur (Alba Rohrwacher) dans le rôle de la mère aimante chargée de préserver les liens qui unissent la famille.

Le choix du monde de l'apiculture n'est pas non plus un hasard, le père d'Alice et Alba étant lui-même apiculteur.

Dans cette fable réaliste, Monica Bellucci incarne le personnage un peu secondaire d'une présentatrice iconique de concours télévisé.

Malgré l'intransigeance apparente du personnage du père, le film reste "tendre", avait souligné la réalisatrice après sa présentation à Cannes.

Elle s'est dite très inspirée par Roberto Rossellini, figure de proue du cinéma néoréaliste italien.

*Palme d'or : Winter Sleep de Nuri Bilge Ceylan