Cannes : la palme d'or revient à Jacques Audiard pour Dheepan

Emmanuelle Bercot et Rooney Mara se partagent le prix de l'interprétation féminine. Vincent Lindon a été récompensé du prix de l'interprétation masculine. Découvrez toutes les réactions dans l'article.

Cannes : la palme d'or revient à Jacques Audiard pour Dheepan
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Patrick Laurent et rédaction en ligne

Le palmarès

La Palme d'or du court-métrage : Waves' 98, d'Ely Dagher

La Caméra d'or (premier film) : La Tierra y la Sombra, de César Augusto Acevedo

"Je tiens à dédier ce prix au paysans de mon pays, qui sont les véritables héros de la Colombie", a-t-il déclaré. Un prix placé sous le signe de la musique. John C. Reilly avait chanté Just a gigolo avant la remise de la Caméra d'or. Et le public d'enchaîner timidement, à la demande de Lambert Wilson, avec un Happy Birthday To You à l'acteur-chanteur.

La Palme d'honneur : Agnès Varda

"Que c'est beau", s'exclame-t-elle. "C'est inattendu, Clint Eastwood, Woody Allen, Bernardo Bertolucci, avaient fait gagner des millions. Moi, je suis française, femme, et mes films n'ont pas fait gagner d'argent. Je la reçois comme une palme de résistance et d'endurance. Je la dédie à tous les cinéastes courageux qui ne sont pas dans la lumière et qui continuent."

Le prix du scénario : Michel Franco pour Chronic

"Vous êtes mes héros. Vous êtes une des raisons pour lesquelles je fais du cinéma. Ce film est né à Cannes. J'avais reçu un prix à Cannes il y a trois ans des mains de Tim Roth. Il m'a parlé de faire un film et j'ai écrit pendant deux ans. C'est curieux car je me sens moins scénariste que réalisateur. Tim Roth a été très impliqué dans l'écriture du scénario.Merci. C'est un immense honneur."

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Le prix d'interprétation féminine : Emmanuelle Bercot (Mon roi - voir la critique) et Rooney Mara (Carol - voir la critique)

Emmanuelle Bercot: "Je suis toute seule. Quel bonheur de partager ce prix avec une autre actrice, car il est trop grand pour moi toute seule. Ce prix récompense l'audace, l'anticonformisme de Maïwen. Après Polisse, elle pouvait avoir les plus grandes actrices et elle a choisi une inconnue de 46 ans. Il n'y avait qu'elle pour proposer ça. Maïwenn, tu as cru en moi comme personne avant. C'est difficile d'être ici sans Vincent Cassel. Mon roi, c'est toi. Tu me disais: Un jour, tu seras récompensée pour ce que tu fais. Tu ne t'es pas trompé. C'est la semaine la plus dingue de ma vie." Rooney Mara, elle, était à New York. Son réalisateur Todd Haynes, a dit la chance qu'il avait eu de travailler avec elle, mais aussi Cate Blanchett, que beaucoup voyaient décrocher ce prix.

Le prix du jury : Yorgos Anthimos pour The Lobster - voir la critique du film

"Je tiens à remercier les acteurs qui ont si bien compris cette histoire si difficile à appréhender, quoi qu'il en disent", a déclaré le réalisateur grec Yorgos Lanthimos. Un prix qui récompense le film le plus délirant et le plus emballant dans sa première heure de la quinzaine.

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Le prix d'interprétation masculine : Vincent Lindon (La loi du marché) - voir la critique du film

Très ému, au bord des larmes, il a embrassé tous les membres du jury : "J'ai gagné un petit peu de temps. C'est la première fois que je reçois un prix dans ma vie. Je voudrais dire merci aux deux présidents du jury, Ethan et Joel Coen, je suis fier qu'ils m'aient vu jouer. C'est un acte politique de mettre un film comme celui-là en sélection. Je dédie ce prix aux gens qui ne sont pas considérés comme ils le méritent, tous les laissés pour compte. J'ai l'impression que ce n'est pas moi qui suis là... Je vais en venir à mon metteur en scène. Je vous le prêterai mais il est à moi. Stéphane Brizé, l'homme inouï et formidable qu'il est. On a un souvenir qui nous lie à vie. Je ne sais pas ce qui arrivera après, mais tout ça aurait été impossible sans toi, Stéphane. Une pensée aussi pour ma maman, qui n'est plus là, et mon père, qui n'est plus là. Quand je pense que j'ai fait tout ça pour eux, et ils ne sont plus là..."

Le prix de la mise en scène : Hou Hsiao-hsien pour The Assassin

"Merci beaucoup" (en français). "C'est la 7e fois que je viens à Cannes. J'ai déjà obtenu un prix (prix du jury pour Le maître des marionnettes en 1993, ndlr). Je ne sais plus lequel mais je vous remercie pour ce prix de la mise en scène. C'est difficile de faire du cinéma d'auteur et de trouver le financement."

Le Grand Prix : Saul Fia pour Le fils de Saul - voir la critique du film

Dans un français impeccable, le jeune cinéaste hongrois de 38 ans a époustouflé la Croisette: "C'est mon premier Cannes. C'est particulièrement émouvant.Merci à tous ceux qui ont accepté ce film avec tous les risques que cela comportait. On a essayé de trouver de nouvelles formes, j'ai essayé de parler de sujets graves, de la destruction des juifs d'Europe alors que ce continent est encore hanté par ça. On tient à la pellicule, on ne veut pas la voir disparaître. C'est important de le dire à ma génération. Pour nous, la pellicule, c'est l'âme et la magie du cinéma."

La Palme d'or : Jacques Audiard pour Dheepan - voir la critique du film

"Je savais que cela me ferait quelque chose, a déclaré Jacques Audiard, ému. Je remercie Michael Haneke de ne pas avoir tourné cette année... Recevoir un prix de la part des frères Coen, c'est assez extraordinaire. Il y aurait peut-être aussi les frères Dardenne... Je pense à mon père."


Cannes : la palme d'or revient à Jacques Audiard pour Dheepan
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Lambert Wilson: "Cannes est une puce géante"

Changement total de registre dans la présentation de Lambert Wilson pour la cérémonie de clôture du Festival de Cannes. Avec une pointe de sadisme en entrée: "Je tiens à dire à tout ceux qui sont dans la salle que plus l'attente sera longue, plus le prix sera important. Ou pas. Je ne sais pas si je vous soulage vraiment en disant ça."

Puis, contrairement au gala d'ouverture où il avait demandé au public de fermer les yeux, il lui a demandé "d'ouvrir les yeux. Mais de les ouvrir vraiment. Sur le monde, ses réalités, ses injustices. Le cinéma permet ça. Devenons des voyants. Je dois faire amende honorable. Je me suis complètement trompé lors de la soirée d'ouverture. Cannes n'est pas une femme. Non. Cannes est une puce géante. Un monstre marin, une forêt des songes, des cerisiers en fleurs, des gilets pare-balles, deux vieilliards nostalgiques, un entretien d'embauche sur Skype, un retour vers l'enfance ou des retrouvailles dans la vallée de la mort. Cannes, c'est tout ça. Je voudrais remercier tous ceux qui ont su créer pour nous ces images inoubliables".

Et de conclure : "A l'année prochaine, pour une 69e édition qu'on espère érotique."