Sophie Marceau, de retour sur la Croisette et au cinéma dans le dernier Ozon

En Compétition ce mercredi soir au 74e Festival de Cannes, l’actrice française retrouve un grand rôle face à André Dussollier dans "Tout s'est bien passé" de François Ozon.

Sophie Marceau, de retour sur la Croisette et au cinéma dans le dernier Ozon
©AFP
Hubert Heyrendt, à Cannes

Quel bonheur de retrouver une actrice que l’on croyait perdue pour le cinéma, sacrifiée sur l’autel des comédies romantiques françaises sans ambition. Mercredi soir, pour son grand retour sur le tapis rouge cannois - après quelques moments "oups" sur le tapis rouge et un discours plutôt hasardeux au moment de la remise de la Palme d’or aux frères Dardenne pour Rosetta en 1999 -, l’actrice a renoué avec son statut de star, défilant aux côtés de François Ozon, Géraldine Pailhas et André Dussollier pour la présentation de Tout s’est bien passé. Le second film présenté en Compétition ce mercredi, après Le Genou d’Ahed de l’Israélien Nadav Lapid (Ours d’or à Berlin pour Synonymes en 2019) (*).

Cela fait longtemps qu’Ozon voulait travailler avec Sophie Marceau. Dans son 20e film, elle incarne Emmanuèle, une écrivaine qui va aider son père André Berheim, industriel et collectionneur d’art victime, à 85 ans, d’un grave AVC, à "en finir". Grâce à l’Association pour le Droit de Mourir dans la Dignité, elle entre en contact avec une association suisse pratiquant le suicide assisté, présidée par une magistrate retraitée (Hanna Schygulla)…

Sophie Marceau, de retour sur la Croisette et au cinéma dans le dernier Ozon
©September


Sujet de société

Après être revenu sur ses émotions d’adolescent dans Été 85 l’année dernière, l’éternel jeune homme de 53 ans est de retour avec un film moins personnel, dans la lignée de Grâce à Dieu, qui dénonçait la pédophilie dans l’Église et le silence coupable du cardinal Barbarin en 2019. Moins fort, Tout s’est bien passé s’inspire en effet aussi d’une histoire réelle pour évoquer une question de société importante. Et ce à partir du roman homonyme d’Emmanuèle Bernhein (qui avait travaillé avec Ozon sur les scénarios de Sous le sable en 2000 ou de Swimming Pool en 2003), dans lequel elle retraçait la façon dont elle a aidé son père à mourir dignement.

En France en effet, tant l’euthanasie que le suicide assisté sont toujours interdits. Le sujet n’est pas neuf dans le cinéma français ; on se souvient par exemple de Quelques heures de printemps de Stéphane Brizé, avec Vincent Lindon et Hélène Vincent en 2012. Le thème de la disparition et de la fin de vie hantaient d’ailleurs déjà Ozon dans Sous le sable en 2000, déjà avec Charlotte Rampling (qui incarne ici la mère de l’héroïne, atteinte de Parkinson). Mais ce n’est pas tant la question de l’euthanasie - abordée de façon très terre à terre, en se calant dans les pas du récit d’Emmanuèle Bernheim - que le mystère des liens familiaux qui intéresse Ozon. Lequel parvient, dans ce drame intime, à imposer sa patte, glissant, ci ou là, quelques touches plus ironiques, voire humoristiques.

Rencontre au sommet

Ce que filme d’abord Ozon dans Tout s’est bien passé, c’est un père et une fille, qui n’ont plus que quelques mois pour tenter de renouer des liens distendus… Et à l’écran, la rencontre entre Sophie Marceau et André Dussollier est lumineuse. L’actrice trouve ici son premier grand rôle depuis longtemps, faisant preuve d’une grande sensibilité. Toujours aussi naturelle, spontanée, énergique, elle retient l’émotion et manie le sourire pour exprimer, plus profondément, plus subtilement, le déchirement de son personnage.

Dans le rôle de ce vieillard en partie paralysé, dépossédé de ses capacités physiques, Dussollier est, lui aussi, très juste. Très touchant, l’acteur de 75 ans se glisse dans la peau d’un vieil homme, intelligent, plein d’esprit, plein de vie à l’approche de la mort, mais déterminé à choisir lui-même le moment d’éteindre la lumière… Une rencontre au sommet qui a ému la Croisette.

Sophie Marceau, de retour sur la Croisette et au cinéma dans le dernier Ozon
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