"Julie (en 12 chapitres)": Quelques années dans la vie d’une femme

En Compétition ce jeudi soir à Cannes, Joachim Trier livrait avec Julie (en 12 chapitres) le portrait sensible d’une jeune femme d’aujourd’hui. Un film drôle et émouvant, qui révèle une jeune actrice magnétique: Renate Reinsve.

"Julie (en 12 chapitres)": Quelques années dans la vie d’une femme
© Cinéart
Hubert Heyrendt, à Cannes

Le Norvégien Joachim Trier est un habitué de la Croisette. C’est ici, à Un Certain Regard en 2011, qu’il avait été découvert à l’international avec son deuxième long métrage Oslo, 31 août. Avant de revenir à Cannes quatre ans plus tard, en Compétition cette fois, présenter Back Home (Louder Than Bombs), avec Isabelle Huppert, Gabriel Byrne et Jesse Eisenberg. Ce jeudi soir, il retrouvait le tapis rouge du Palais des Festivals cannois pour dévoiler son cinquième film: Julie (en 12 chapitres).

Romance contemporaine

Toujours écrit avec son fidèle coscénariste Eskil Vogt (qui présentera, lui, ce dimanche, son second long métrage The Innocents à Un Certain Regard), le film retrace, « en 12 chapitres, un prologue et un épilogue » et sur deux heures que l’on ne sent pas passer, quelques moments-clés dans la vie de Julie (Renate Reinsve). Étudiante en médecine, celle-ci bifurque vers la psychologie, puis la photographie. Avant de tomber follement amoureuse d’Aksel (Anders Danielsen Lie), dessinateur de BD underground de 15 ans son aîné. Ces deux-là s’aiment, mais la différence d’âge se fait sentir. Notamment quand il s'agit daller passer le week-end à la campagne chez des amis d'Aksel, avec toute leur marmaille... Pourtant, il voudrait lui aussi un enfant, alors qu'elle n’en a pas encore envie. C’est que la jolie bibliothécaire de 29 ans prend encore plaisir à se laisser séduire par un inconnu (Herbert Nordrum) dans une fête de mariage où elle se tape l’incruste…

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En norvégien et en anglais, le film s’appelle « La pire personne au monde ». Un titre moins poétique, mais qui donne le ton de ce délicat portrait d’une jeune femme peu sûre d’elle, ni de ce qu’elle veut faire de sa vie, ni de ses sentiments. Julie est juste une jeune femme de son temps, qui a grandi avec les écrans, les réseaux sociaux, les notifications permanentes sur son téléphone portable. Quand son amoureux a encore connu le plaisir de la culture inscrite dans des objets: des disques, des DVD…

Pour camper ce couple, Trier a fait appel à deux acteurs qui étaient déjà à l’affiche d'Oslo, 31 août il y a 10 ans. Dans son premier grand rôle au cinéma, Renate Reinsve est lumineuse, révélant à 33 ans un réel talent. Tandis qu’Anders Danielsen Lie (revu entre-temps en Anders Behring Breivik dans Un 22 juillet de Paul Greengrass en 2018 et qui sera à l’affiche, ce dimanche, d’un autre film en Compétition: Bergman Island de Mia Hansen-Løve) est, une fois encore, éclatant de naturel dans le rôle d'un quarantenaire se posant des questions sur sa vie que l'on sent proche du cinéaste.

Portrait sensible

Si Julie (en 12 chapitres) résonne si puissamment, c’est qu’à travers la trajectoire de cette jeune femme indécise, Joachim Trier propose une réflexion profonde sur l’amour, la vie de couple, la filiation, les aspirations, le temps qui passe, le rapport à la culture. Il le fait grâce à une mise en scène inventive — qui s’offre même une séquence onirique d’une grande poésie —, mais aussi une tonalité très personnelle, qui mêle gravité et humour, légèreté et sensibilité, romantisme et crudité. Dans un film qui, comme la vie, passe par toutes les émotions et qui a profondément touché le public de ce 74e Festival de Cannes…

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