"La Civil": La rage d’une mère à retrouver sa fille

Ce vendredi après-midi à Cannes, la section Un Certain Regard accueillait La Civil, un premier film belgo-mexicain choc, signé par la cinéaste roumaine basée à Gand Teodora Mihai.

"La Civil": La rage d’une mère à retrouver sa fille
© Cinéart
Hubert Heyrendt, à Cannes

Après Un monde, premier film de Laura Wandel, jeudi, la section Un Certain Regard présentait, ce vendredi après-midi, une seconde production belge (majoritairement flamande): La Civil de Teodora Mihai, un premier long métrage choc, tourné au Mexique.

Dans une petite ville ordinaire, on y retrouve la jeune Laura, qui se fait belle pour rejoindre son petit ami Lisandro. Souriante et joyeuse, elle met même un peu de rouge aux lèvres de sa mère Cielo (Arcelia Ramírez) avant de lui dire « Adios! ». Mais quelques heures plus tard, la jeune fille n’est toujours pas revenue. Morte d’inquiétude, sa mère est contactée par un jeune type souriant, qui lui demande de la rejoindre dans un petit restaurant dans dix minutes, sans quoi, elle ne reverra jamais sa fille…

Malgré la rançon versée par Cielo et son son ex-mari, Laura ne réapparaît pas. Désespérée, la femme contacte enfin la police. En vain. Seul un commandant de l’armée accepte de l’aider, officieusement, en échange des informations qu’elle peut lui fournir en tant qu’informatrice locale…

placeholder
© Cinéart

L’engrenage de la violence

Jeune cinéaste d’origine roumaine basée à Gand, Teodora Ana Mihai signe avec La Civil un premier film intense inspiré de faits réels. Le scénario est en effet basé sur le patient travail de recherches de l’écrivain mexicain né au Texas Habacuc Antonio De Rosario. Lequel a longuement enquêté sur le phénomène des kidnappings par les cartels locaux. Le résultat est un film très dur, qui dépeint le torrent de violence qui s’abat sur le Mexique.

Produit par le VAF côté flamand et par les frères Dardenne côté francophone, La Civil met en effet en scène une réalité désespérante, celle d’un pays de misère. Comme le résume la blague — seul moment de légèreté avant 2h20 harassantes — qui ouvre le film: "Adam dit à Ève: On est nus, sans travail, sans argent. On nous dit qu’on est au Paradis. On doit sûrement être au Mexique…" Un pays où tout sens moral semble avoir disparu. À tel point que la frontière entre cartels et armée, justice et corruption, bien et mal devient difficile à cerner. Comme si la spirale de la violence emportait tout sur son passage, y compris l’héroïne du film, prête à tout pour tenter de retrouver sa fille…

Remarquable Arcelia Ramírez

Dans le rôle de cette mère en quête de réponse et de vengeance, menant un combat personnel tournant à l’obsession, Arcelia Ramírez est remarquable. Actrice mexicaine de 53 ans reconnue dans son pays — on l’avait notamment déjà vue ici à Cannes, déjà à Un Certain Regard, dans C’est la vie d’Arturo Ripstein en 2000 —, elle se jette corps et âme dans ce rôle plus ambigu que ne pourrait le laisser penser le film dans sa prémisse.

Car la jeune cinéaste belgo-roumaine creuse en effet là où cela fait mal, dans la noirceur humaine, qui touche tout aussi bien les bourreaux que leurs victimes…

placeholder
© Cinéart