"La Fracture": Bulletin de santé de la France contemporaine

Ce vendredi soir, Catherine Corsini entrait en Compétition du 74e Festival de Cannes avec un diagnostique accablant de l’état de la France contemporaine, porté par Valeria Bruni Tedeschi, Marina Foïs et Pio Marmaï.

"La Fracture": Bulletin de santé de la France contemporaine
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Hubert Heyrendt, à Cannes

Du XVIIe siècle italien fantasmé de Paul Verhoeven dans Benedetta, avec Virginie Efira, Cannes a sauté à pieds joints dans le XXIe avec La Fracture, le 11e long métrage de Catherine Corsini, présenté vendredi soir en Compétition.

Après avoir confronté, dans les années 60, Virginie Efira et Niels Schneider dans le décevant Un amour impossible, d’après Christine Angot en 2018, la cinéaste française (révélée grâce à La Nouvelle Ève avec Karin Viard en 1999) s’attaque ici à un sujet d’actualité. Dans son nouveau film, il est en effet question de la grève de l’hôpital public et de la crise des Gilets jaunes.

Et ce le temps d’une nuit agitée de l’hiver 2018 passée aux urgences d’un grand hôpital parisien, où se retrouvent trois personnages qui, sans ces circonstances particulières, ne se seraient jamais rencontrés: Julie (Marina Fois), Raf (Valeria Bruni Tedeschi) et Yann (Pio Marmaï). Les deux premières, une éditrice de BD et une dessinatrice qui vient de se casser le bras, forment un couple qui bat de l’aile. Le troisième est un camionneur Gilet jaune gravement blessé à la jambe par une grenade de désencerclement lors d’une énième manifestation ayant mal tourné.

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L’hôpital public comme un microcosme

L’inspiration de Corsini part d’un fait réel: l’entrée à l’hôpital de la Salpêtrière d’un groupe de manifestants pourchassés par les forces de l’ordre, le 1er mai 2019, un peu rapidement présenté par le gouvernement et la presse comme une « invasion ». Mais l’idée de la cinéaste n’est pas de recréer précisément l’événement. Malgré un vrai aspect documentaire dans la description du travail d’urgentistes en sous-effectif totalement dépassés par l’afflux de patients, La Fracture propose plutôt un diagnostique accablant de l’état de la France de Macron. Ce service des urgences d’un grand hôpital public parisien, Corsini l’envisage en effet comme un microcosme permettant de réunir les différentes couches de la société française.

Malgré quelques raccourcis scénaristiques nécessaires pour faire tenir ensemble ces existences éparses, la mise en scène vive et l’humour omniprésent permettent néanmoins à la réalisatrice de livrer une comédie dramatique haletante, qui fait le constat d’un pays malade, divisé, au bord de la rupture… À l’image de l’état de délabrement de l’hôpital public français, qui semble prendre l’eau de toutes parts, avec des patients entassés dans des salles d’attentes et des couloirs vétustes…

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Irrésistible Valeria Bruni Tedeschi

Dans La Fracture, la cinéaste retrouve des thèmes qui lui sont chers, comme la politique, la question sociale, mais aussi l’homosexualité — à travers ces femmes mariées vivant leur crise de couple au milieu des malades.

Excellente directrice d’acteurs, Corsini fait ici tourner des comédiens attachants, que ce soit Pio Marmaï dans le rôle du prolo en colère (mais au grand cœur), l’impeccable Aissatou Diallo Sagna dans celui de l’infirmière en chef, mais aussi Marina Foïs et Valeria Bruni Tedeschi. Irrésistible, celle-ci campe avec beaucoup d’autodérision cette bourgeoise hystérique, incapable de rester seule deux minutes et qui pense que ses petits problèmes, de coude et de couple, sont plus importants que ceux des femmes et des hommes qui l’entourent. Ou que ceux d’une France profondément fracturée… 

Un film charmant, certes, mais sans doute un peu faible en Compétition du plus grand festival du monde.

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