À Cannes, Sean Penn exorcise ses doutes de père dans "Flag Day"

Samedi soir, Sean Penn retrouvait la Compétition du 74e Festival de Cannes, cinq ans après le fiasco de The Last Face. Pour un drame familial classique où il donne la réplique à sa fille, Dylan Penn.

Hubert Heyrendt, à Cannes

Sean Penn garde un souvenir amer de son passage à Cannes en 2016, où il présentait en Compétition son cinquième long métrage comme réalisateur, The Last Face. Quinze ans auparavant, la star hollywoodienne avait déjà concouru pour la Palme avec The Pledge, sans provoquer d’éclats. Mais cette fois, l’accueil fut désastreux: notre collègue Fernand Denis titrait à propos du film: "la honte de la 69e édition". À tel point que la montée des marches du Palais du Festivals s'était transformée en une séance d'humiliation publique pour le réalisateur... 

Depuis, Thierry Frémaux a mis en place une nouvelle règle: les visions de presse se déroulent désormais en même temps que les projections officielles, histoire de ne pas ruiner le grand moment que représente une première officielle à Cannes pour l'équipe d'un film. Dans son journal Sélection officielle, paru en 2017, le délégué-général revenait sur l’incident, regrettant d’avoir exposé en Compétition un film si faible. Il a donc longuement hésité avant de faire le même mauvais coup à Sean Penn. Début juin, le sélectionneur a d’ailleurs attendu jusqu'au dernier moment de la conférence de presse de présentation de la Sélection officielle 2021 pour annoncer la présence de Flag Day en Compétition…

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© D.R.

Un classique récit américain

Ce samedi soir à 22h, c’est donc avec une certaine appréhension que la star hollywoodienne a dû monter les marches cannoises, accompagné de sa fille Dylan, pour dévoiler son sixième film. Une adaptation du livre de Jennifer Vogel, dans lequel elle retraçait sa relation chaotique avec son père John, arnaqueur en tous genres et faux monnayeur, dans le Minnesota des années 1970 à 90…

De cette « histoire vraie » vue et revue, Sean Penn tire un film vu et revu, où le cinéaste mêle nostalgie de l’Amérique éternelle — John Vogel est né un 14 juin, le « jour du drapeau » — et fascination pour ces grands paysages ruraux des États-Unis. Et ce à travers une mise en scène attendue, jouant des flash-backs, à travers un montage éclaté, et d'une forme d'esthétisation à outrance à la Terrence Malick (pour lequel Penn avait tourné dans The Tree of Life, la Palme d'or 2011). Tandis qu'il soigne à nouveau sa bande-son, qui oscille entre compositions éthérées de Joseph Vitarelli et standards rock-folk (de Cat Power à l’ami Eddie Vedder, le chanteur de Pearl Jam qui avait composé la superbe B-O d’Into The Wild en 2007). Lesquels viennent souligner à chaque fois l’atmosphère que souhaite installer le réalisateur dans chaque scène « émotion ». Bref, côté forme, c’est propre, mais très convenu.

Un cadeau à sa fille

Sur le fond, ça l’est tout autant. Cette histoire d'amour entre un père, menteur invétéré ayant abandonné femme et enfants pour fuir ses responsabilités, et sa fille tentant de trouver sa propre voie dans le journalisme, est là encore totalement attendue, parfaitement exemplaire, avec une vraie touche de patriotisme. Bref, une histoire très américaine…

Le seul intérêt de Flag Day tient dans la dimension biographique que lui insuffle Sean Penn. C’est en effet lui qui campe à l’écran ce père formidable quand il est là, mais le plus souvent absent… Un père incapable de se livrer, d'être honnête avec ceux qu'il aime. Tandis que l'acteur-réalisateur donne la réplique à sa propre fille Dylan Penn (qui ressemble fort à sa mère Robin Wright) et même à son fils Hopper dans une petite scène. Une mise en abîme très autocentrée, mais qui a malgré tout quelque chose de touchant. Dans le film, John Vogel, qui filme ses enfants avec sa petite caméra 16 mm, est obsédé à l’idée de laisser une trace dans l'Histoire, mais aussi d’offrir quelque chose de concret à sa fille. C’est exactement ce que fait Sean Penn avec Flag Day, partageant du temps avec sa fille et lui offrant son premier grand rôle. Même si la jeune femme a un peu de mal à endosser toutes les émotions par lesquelles passe son personnage…

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© D.R.

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