"Tre piani": Les histoires de familles de Nanni Moretti

Dans son dernier film, présenté ce dimanche soir en Compétition à Cannes, Nanni Moretti entrecroise, sur trois étages d’un immeuble romain cossu, le destin de quatre familles. Un grand film classique qui a ému la Croisette.

"Tre piani": Les histoires de familles de Nanni Moretti
©D.R.
Hubert Heyrendt, à Cannes

Nanni Moretti aurait dû présenter Tre Piani l’année dernière sur la Croisette. Plutôt que de figurer dans la sélection virtuelle « Cannes 2020 », l’Italien a préféré attendre un an pour être en Compétition et tenter de décrocher une seconde Palme d’or, vingt ans après La Chambre du fils. Dimanche, son 15e long métrage a été très applaudi par la presse, le cinéaste ayant su parler au cœur des festivaliers avec cette chronique romaine suivant, sur dix ans, les destins croisés de quatre familles romaines.

Six ans après Mia madre (comédie sur la mort d'une mère où son alter ego était incarné par John Turturro), Moretti revient avec une adaptation de Trois étages, roman de l’Israélien Eskhol Nevo publié l’année dernière chez Gallimard. C’est la première fois que le cinéaste du Journal intime en 1994 ne signe pas un scénario original. S’il délaisse donc quelque peu l’auto-fiction, cette histoire pourrait être la sienne. Pas seulement parce qu’il déplace l’intrigue de Tel Aviv à Rome et qu’il joue dans le film, mais parce qu’elle lui permet d’aborder des thèmes qui lui sont chers: le couple, la famille, la filiation. Mais pas la politique, sinon à travers une allusion à la situation des migrants et à la montée de l'extrême droite.

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Destins croisés

Un soir, alors que Monica (Alba Rohrwacher) attend seule devant chez elle un taxi pour se rendre à la maternité, où elle doit accoucher de son premier enfant, Andrea, un jeune homme complètement ivre, renverse mortellement une passante en voiture. Avant de terminer sa course dans le bureau de son voisin, Lucio (Riccardo Scamarcio), architecte qui vit dans le même immeuble bourgeois de Rome avec sa femme et sa fille de 7 ans.

Le lendemain, Lucio confie la fillette à leur voisin de palier, Renato, qui fait office de Nonno pour celle-ci… L’enfant et le vieillard, sénile, sont retrouvés à la nuit tombée dans un parc. Lucio est persuadé qu’e le vieil homme a abusé de sa fille; sa femme pense qu’il ne s’est rien passé.

Dans un autre appartement de l’immeuble, le père d’Andrea, Vittorio (Nanni Moretti), juge haut placé inflexible, refuse d’intercéder en faveur de son fils, qui risque pourtant cinq ans de prison. Son épouse (Margherita Buy) se retrouve partagée entre son fils et son mari…

La douleur d'être parent

Sur dix ans — l’intrigue se déroule à trois époques, avec deux ellipses de 5 années —, Nanni Moretti observe le destin croisé de quatre familles romaines aisées, pour étudier la façon dont un couple fait face au malheur qui peut frapper son enfant. Un thème déjà au cœur de La Chambre du fils, qu’approfondit ici le cinéaste, mais en multipliant les points de vue et les personnages. Et en trouvant toujours cet équilibre parfait entre gravité et légèreté.

Toujours aussi à l’aise dans l’analyse de la psychologie de ses personnages, l’Italien livre un drame classique mais fort, où il est question de la douleur, du deuil, de la culpabilité, mais aussi de la difficulté pour les parents de laisser vivre ses enfants… Ce film universel sur le bonheur, mais aussi la douleur d'être parent, a en tout cas ému la Croisette ce dimanche.

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