Mia Hansen-Løve sur les traces des fantômes de Bergman à Cannes

Dimanche en fin de soirée, la cinéaste Française a déçu en Compétition du 74e Festival de Cannes avec Bergman Island. Une visite guidée guère inspirée de l’île de Färo, en compagnie de Vicky Krieps, Mia Wasikowska et Tim Roth.

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Hubert Heyrendt, à Cannes

Ce dimanche sur le coup de 22h, Mia Hansen-Løve montait les marches du Palais des Festivals de Cannes pour son huitième long métrage Bergman Island. Elle était déjà venue sur la Croisette présenter son premier film Tout est pardonné à la Quinzaine des Réalisateurs en 2007, puis Le Père de mes enfants à Un Certain Regard en 2009. C’est la première fois qu’elle se retrouve en Compétition.

Et malheureusement pour elle, c’est pour film charmant, mais mineur, inspiré de ses nombreuses visites sur l’île de Färo, au milieu de la mer Baltique en Suède. La fameuse île où Ingmar Bergman tourna quelques-uns de ses plus grands films (dont Persona en 1966 et Scènes de la vie conjugale en 1972), où il résida jusqu’à la fin de sa vie en 2007 et où il est enterré aux côtés de la dernière de ses cinq épouses, Ingrid Bergman.

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Peur de la page blanche

Dans Bergman Island, la réalisatrice française met en scène Tony (Tim Roth), cinéaste anglais renommé, et sa jeune compagne Chris (Vicky Krieps), également réalisatrice, débarquant sur l’île de Färo. La Fondation Bergman leur a accordé une résidence d’artistes, sur les lieux mêmes filmés par le maître suédois.

Si Tony avance bien sur son scénario, Chris, intimidée par la présence écrasante du grand Ingmar, cale un peu dans son histoire, où elle imagine, sur cette même île de Färo, les retrouvailles entre deux anciens amants, Amy (Mia Wasikowska) et Joseph (Anders Danielsen Lie, déjà à l'affiche de Julie (en 12 chapitres) de Joachim Trier en Compétition vendredi), réunis à l’occasion du mariage d’une amie commune…

La dimension biographique de l’oeuvre de Mia Hansen-Løve est très importante. La jeune cinéaste française s’est souvent inspirée de sa propre vie (Un amour de jeunesse en 2011) ou de celle de ses proches, que ce soit sa mère (L’Avenir en 2016) ou son frère (Eden en 2014). Son nouveau film n’échappe pas à la règle.

Derrière ce coupe de cinéastes de Bergman Island, difficile de ne pas voir l’ombre de celui qu’elle forma, jusqu’en 2016, avec Olivier Assayas… Tandis qu’elle s’inspire clairement de ses nombreux séjours, depuis 2015, sur l’île de Färo. Elle met d'ailleurs en scène avec une certaine grâce ses longues promenades dans l’île, sur les traces de Bergman, un cinéaste qui la fascine, mais dont elle peut aussi heureusement se moquer. Ou en tout cas moquer le culte qui l’entoure en ces lieux reculés (chez les touristes, pas les locaux...).

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Double mise en abîme

Mais Mia Hansen-Løve brouille les pistes et dédouble la mise en abîme, en racontant deux histoires de jeune femme séjournant sur cette île: son héroïne et celle que celle-ci imagine dans le scénario qu’elle est en train écrit. À l’écran, ses alter egos sont incarnés par deux excellentes actrices qui lui ressemblent, plutôt frêles et fragiles: la Luxembourgeoise Vicky Krieps (découverte menant Daniel Day-Lewis par le bout du nez dans Phantom Thread de Paul Thomas Anderson) et l’Australienne Mia Wasikowska.

Ce que met en scène Hansen-Løve dans Bergman Island, c’est sa propre difficulté à écrire, sa propre peur de la page blanche. Elle signe en effet un film sur la création artistique, sur la façon dont on s’inspire de ce que l’on vit, de ce que l’on observe, des gens qui nous entoure (comme le faisait d’ailleurs Assayas récemment dans Doubles vies). Malheureusement, comme son héroïne, la cinéaste française semble manquer, elle aussi, d'un peu d’inspiration. Notamment avec ce recours, un peu facile, au film dans le film, où se brouille la frontière entre réel et réalité…

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