"The French Dispatch": Un Américain à Ennui, France

Ce lundi soir, Cannes a plongé avec délice dans la France fantasmée de Wes Anderson dans un dixième long métrage aussi pétillant que les bulles d'un bon champagne!

"The French Dispatch": Un Américain à Ennui, France
©D.R.
Hubert Heyrendt, à Cannes

Ce lundi soir, The French Dispatch a offert son plus beau tapis rouge au 74e Festival de Cannes. Wes Anderson était en effet venu accompagné d’une bonne partie de son immense casting (Bill Murray, Tilda Swinton, Thimothée Chalamet, Léa Seydoux, Mathieu Amalric…) pour présenter son nouveau film. Un 10e long métrage qui a la particularité d’avoir déjà été sélectionné dans l'édition virtuelle « Cannes 2020 » l’année dernière. Mais Anderson a finalement préféré attendre pour faire sa grande première « en vrai » au Palais des Festivals. Quel bonheur! Sans cela, la Compétition se serait privée d’une vraie bouffée d’air frais, d’une explosion d’inventivité permanente.

Un film 100% andersonien

Fidèle à son style, le cinéaste américain signe avec The French Dispatch un film 100% andersonien, composé d’une série de tableaux ultra-léchés, fourmillant comme toujours de mille et un détails. Lequel nous plonge dans une France des années 50-60 totalement fantasmée. Le cinéma hollywoodien a toujours aimé ce Paris irréel, avec béret sur le crâne et baguette sous le bras. Maître de l'artifice, Wes Anderson surjoue la caricature à outrance, tout en y greffant un hommage à des classiques du cinéma français qu’il aime, notamment dans son utilisation des décors et du noir et blanc. Avant de repasser à un Technicolor éclatant!

The French Dispatch, c'est le supplément du Liberty, Kansas Evening Sun, écrit par les correspondants à Ennui (le Paris de cinéma de Wes Anderson) de ce journal de province du fin fond des États-Unis. Le film est d'ailleurs construit comme un numéro du magazine, composé d’une nécro (celle du rédacteur en chef, campé par Bill Murray), d’un guide touristique de la ville (en compagnie d’Owen Wilson) et de trois articles de fond. Tilda Swinton nous raconte l'histoire d’un artiste maudit emprisonné (Benicio Del Toro) et de sa gardienne et muse (Léa Seydoux). Frances McDormand nous plonge dans les barricades de la révolution de l’Échiquier avec Thimothée Chalamet en leader étudiant. Et Jeffrey Wright dresse le portrait du chef Nescaffier (Stephen Park), inventeur de la « gastronomie gendarmique ».

"The French Dispatch": Un Américain à Ennui, France
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Hommage aux magazines américains

Même s’il magnifie et moque à la fois Paris, The French Dispatch a été tourné à Angoulême, la ville de la bande dessinée. Si la précision est apportée en grand au générique de fin, ce n’est sans doute pas un hasard. Rendant hommage aux grands magazines américains — le défilé final des couvertures du French Dispatch (vendus 34 francs en Belgique) façon New Yorker est fabuleux —, le 10e film de Wes Anderson est en effet plus cartoonesque que jamais, avec même quelques échappées vers l’animation (qu'il avait déjà pratiquée dans Fantastic Mr. Fox ou Isle of Dogs.

La maîtrise du récit de Wes Anderson est toujours aussi époustouflante, avec un sens unique du découpage, du cadrage et du rythme. Alors oui, l’épisode consacré à Mai 68 est plus faible — réduisant la révolte étudiante et la grève générale qui suivit à un caprice bourgeois résumé par un slogan dénué de tout sens politique: « Les enfants sont grognons ». Reste que, visuellement toujours aussi époustouflant, The French Dispatch est un pur régal de mise en scène, pétillant comme les bulles d’un bon champagne et riche d'une incroyable galerie d’actrices et d’acteurs — venus parfois pour juste dire une phrase. Un film où l’on retrouve avec un bonheur intact tous les marqueurs du cinéma de Wes Anderson (comme les moyens de transport compartimentés; ici des avions). Un cinéaste qui réussit à se répéter tout en se renouvelant et sans jamais ennuyer. 

Bref une comédie assez irrésistible même si cette belle mécanique tourne un peu à vide au niveau du fond. C'était d'ailleurs déjà un peu le cas dans The Grand Budapest Hotel...

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