Léa Seydoux, insaisissable dans "L'Histoire de ma femme"

Ce mercredi soir en Compétition, l’actrice était à l’affiche du nouveau film de la Hongroise Ildikó Enyedi (On Body and Soul). Une romance teintée de perversion plombée par son classicisme et sa longueur (2h50).

Léa Seydoux, insaisissable dans "L'Histoire de ma femme"
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Hubert Heyrendt, à Cannes

Cannes 2021 est un vrai festival Léa Seydoux ! Vue il y a quelques jours en gardienne de prison et muse dénudée de Benicio del Toro dans The French Dispatch de Wes Anderson, l’actrice française éblouissait, mardi soir, dans Tromperie, sublime adaptation du livre homonyme de Philip Roth signée Arnaud Desplechin, dont on ne comprend toujours pas qu’il ne figure pas en Compétition…

Avant une troisième et dernière entrée en Compétition, ce jeudi, dans France de Bruno Dumont, l’atrice était à l’affiche, mercredi soir, de L’Histoire de ma femme d’Ildikó Enyedi. Testée positive au Covid-19 la semaine dernière, la Française n’a malheureusement pas pu profiter de ce grand moment, ayant dû annuler sa venue sur la Croisette.

Quatre ans après avoir décroché l’Ours d’or de la Berlinale pour le magnifique et envoûtant On Body and Soul (Corps et âme) , la Hongroise Ildikó Enyedi est de retour avec une romance en costumes beaucoup plus classique, adaptée de L’Histoire de ma femme, roman publié en 1942 par le Hongrois Milán Füst. Si elle s’intéresse toujours à un couple ayant du mal à communiquer, la cinéaste inverse ici la prémisse. On Body and Soul s’ouvrait sur un homme et une femme dont la seule possibilité de vivre réellement était dans le faire, transformés en cerf et en biche, dans leurs rêves partagés. Les héros de L’Histoire de ma femme choisissent, eux, de vivre leur vie un peu comme un rêve. Ou comme un jeu…

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L’amour sur un pari

Capitaine de cargo basé à Malte dans les années 20, Jakob Störr (Gijs Naber) a attrapé la maladie du marin : des douleurs intenses à l’estomac dès qu’il mange. Il demande conseil à son vieux cook, qui lui répond : "Mariez-vous, ça ira mieux…" Un jour qu’il prend un verre avec son vieil ami Kodor (Sergio Rubini), Jakob fait le pari d’épouser la première femme qui rentre dans le restaurant où ils sont attablés. Il s’agit de Lizzie (Léa Seydoux), jolie Parisienne qui accepte immédiatement de rentrer dans son jeu. Et quelques semaines plus tard, les voilà effectivement mariés à Paris, passant leur nuit de noces à jouer au strip-poker… Mais que fait Lizzie durant les longs voyages de son mari ? Voit-elle toujours cet Italien qui l’accompagnait à Malte ? Et qui est cet écrivain dandy (Louis Garrel) avec qui elle semble si complice ?

Sous-titré "Les pérégrinations de Jakob Störr en sept leçons", L’Histoire de ma femme est composé de sept tableaux étudiant ce couple étrange sur plusieurs années, de Paris à Hambourg. Une relation oscillant sans cesse entre passion et méfiance, chaleur et froideur. C’est que, pour le très terre à terre capitaine de navire, sa jeune et jolie épouse, Parisienne sophistiquée, reste un mystère. Et il ne peut s’empêcher d’imaginer les pires infidélités quand il se retrouve loin d’elle, même s’il a accepté, dès le départ, que leur relation soit basée sur un jeu dont le perdant est toujours le même…

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Classicisme engourdissant

Après un film très poétique, Enyedi reste cette fois enfermée dans une mise en scène classique, malgré quelques séquences oniriques liées au monde de la mer. Une mise en scène qui manque un peu de souffle pour pouvoir se mettre au diapason de cette passion amoureuse à sens unique, teintée de perversité et de souffrance pour cet homme soumis aux caprices de sa femme.

Sur ce thème de l’incommunicabilité au sein du couple, Ryusuke Hamaguchi se montrait plus subtil et plus pertinent, dimanche en Compétition, avec le superbe Drive My Car . Tandis que dans le rôle de cette femme se jouant des désirs de son amant, Léa Seydoux était plus épatante encore face à Denis Podalydès dans Tromperie de Desplechin… Ici, face au falot acteur néerlandais Gijs Naber, l’actrice vampirise d’ailleurs tout l’écran. Ce qui correspond heureusement parfaitement à son rôle…

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