"Peut-être que je vais voter Marine Le Pen après avoir vu ça": le film "Bac Nord" suscite les critiques à Cannes

Dans le film "Bac Nord", le spectateur s'immerge au coeur de la police marseillaise.

La Rédaction

"Peut-être que je vais voter Marine Le Pen après ça." La réflexion d'un journaliste irlandais lors de la conférence de presse du film "Bac Nord", présenté hors compétition en ce début de semaine au festival de Cannes, a suscité un certain malaise dans l'assemblée.

Ce long-métrage, réalisé par Cédric Jimenez, propose une immersion au sein de la police marseillaise, régulièrement confrontée à des cas de délinquances dans les cités des quartiers nord de la ville. Si le film semble avoir été apprécié par les festivaliers, l'angle choisi par le réalisateur - davantage orienté vers le ressenti policier - a visiblement déplu à certains critiques.

Parmi les sceptiques, notamment, un journaliste irlandais. "On est dans une année d’élection. Moi j’ai vu ça avec l’œil d’un étranger et je me dis : peut-être que je vais voter Le Pen après ça", a-t-il déclaré, suscitant quelques rires gênés dans les rangs de l'équipe du film. Très sérieux, le journaliste a expliqué avoir eu l'impression que les habitants des cités marseillaises étaient dépeints comme des "bêtes" dans le film. Et d'assurer: "C’est une vision qu’on a toujours dans les médias français : les zones où on ne peut pas passer, les zones hors de la civilisation, les zones où il faut réimposer la loi française. Le film est super, mais il y a un problème, là. On est dans une année d’élection. Et j’étais gêné. Vraiment gêné. Et je n’étais pas le seul".

"C'est un point de vue"

Le réalisateur Cédric Jimenez, lui-même d'origine marseillaise, a tenu à répondre aux critiques: "J’espère que Marine Le Pen ne va pas passer grâce à moi, ça m’emmerderait. Au contraire, j’ai essayé avec le film de raconter effectivement des zones qui ont de grandes difficultés. Qui peuvent paraître véritablement hostiles. Mais je ne pense pas qu’il faut régler ça avec un vote radical comme Marine Le Pen, pas du tout".

"Alors évidemment les policiers ont affaire à des dealers, à des délinquants et pas à l’ensemble de la population des quartiers Nord. C’est un point de vue, c’est un angle. Mais je ne pense pas que le film soit là pour dénoncer les zones de non droit et pour attiser la colère, au contraire", s’est encore justifié le réalisateur. 


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