En clôture de la Quinzaine des Réalisateurs, Rachel Lang filme la guerre intime

Ce jeudi, Rachel Lang clôture la 53e Quinzaine des Réalisateurs avec son second long métrage Mon légionnaire, production belge avec Louis Garrel et Camille Cottin.

placeholder
© D.R.
Hubert Heyrendt, à Cannes

Découverte avec Baden Baden en 2016, premier film délicat qui proposait une jolie étude de personnage à travers le portrait d’une jeune femme en plein questionnement campée par Salomé Richard, la Française basée à Bruxelles Rachel Lang est de retour, ce jeudi en clôture de La Quinzaine des Réalisateurs à Cannes avec Mon légionnaire. Un film a priori beaucoup plus masculin, puisque centré sur l’univers de la Légion étrangère.

Tout frais diplômé de l’académie militaire, Maxime (Louis Garrel) est sorti deuxième de sa promotion. De quoi lui permettre de choisir son affectation. Il a choisi de rejoindre la Corse, en compagnie de Céline (Camille Cottin), sa femme avocate, et de leur jeune fils de sept ans, pour rejoindre le 2e régiment de parachutistes de la Légion étrangère, basé à Calvi. Parmi les jeunes recrues dont le caporal doit s’occuper, se trouve Vlad (Alexander Kuznetsov), un Ukrainien que la petite amie Nika (Ina Marija Bartas) est venue rejoindre. Pourtant, en s’engageant, Vlad savait qu’il pourrait pas se marier avant 5 ans de service. Et l’armée fait une distinction stricte entre les femmes et les compagnes, même si Nika finit par s’intégrer au Club des épouses. Dans quelques semaines, le régiment sera déployé au Mali, dans le cadre de l’opération Barkhane…

placeholder
© D.R.

L’armée de l’intérieur

On pourrait s’étonner de voir une jeune cinéaste s’intéresser à un univers aussi viril que celui de l’armée. Un peu moins quand on sait que l’Alsacienne est elle-même officier de réserve dans l’armée française. C’est donc un regard très informé, de l’intérieur, qu’elle pose sur la Légion pour tenter de dépasser les clichés, les fantasmes et le folklore — dont la chanson de Piaf qui donne son titre au film ou la fameuse marche du Boudin: « Pour les Belges y’en a plus, pour les Belges y’en a plus… » — qui entourent toujours ce corps d’armée si particulier, créé en 1831.

Mais Rachel Lang se met également du côté de ces femmes qui attendent leurs hommes partis en mission de longs mois… Un thème qui recoupe celui du récent The Singing Club de Peter Cattaneo, mais traité avec autrement plus d’implication.

Le coeur du régiment

Si la cinéaste se glisse facilement dans la peau de ces épouses délaissées, c’est quand il s’agit de décrire le quotidien des hommes en opération qu’elle se montre la plus intéressante. Là, dans la relation entre les hommes, dans la hiérarchie militaire, dans le langage employé, ça sent le vécu, le vrai. On sent la précision du regard, notamment dans la mise en scène des opérations au Mali.

Dans un rôle inattendu, loin de ses Parisiens romantiques habituels, Louis Garrel se révèle comme souvent excellent, tout comme le jeune russe Alexander Kuznetsov, déjà vu dans le génial Leto de Kirill Serebrennikov (qui présentait, lui, en Compétition La Gripe de Petrov lundi). Face à eux, on retrouve l’impeccable Camille Cottin et la touchante Ina Marija Bartas, jeune actrice lithuanienne morte le 7 avril dernier dans un accident de la route à l’âge de 25 ans…

placeholder
© D.R.

Sur le même sujet