Une Palme cinéphile ou grand public?

À la vieille de la cérémonie de clôture, qui verra Spike Lee remettre la Palme d'or 2021, quels sont les films les mieux placés pour figurer au palmarès?

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Hubert Heyrendt, à Cannes

Alors que la Compétition s’est clôturée, ce vendredi soir, avec Les Intranquilles de Joachim Lafosse, tous les regards sont désormais tournés vers Spike Lee et son jury, chargés de donner un successeur au film-phénomène Parasite du Coréen Bong Joon-ho, qui avait triomphé en salles, avant de décrocher l’oscar du meilleur film, parvenant à réunir public et critique. Pour la Palme d’or 2021, le cinéaste new-yorkais optera-t-il pour un film d’auteur de niche ou une œuvre plus accessible ?

Un cri de révolte marocain

Avec 24 films en Compétition (trois de plus que les années précédentes), les candidats à la Palme d’or ne manquent pas. Dans les films qui ont le plus marqué ce 74e Festival de Cannes, on retrouve Haut et Fort de Nabil Ayouch. Un grand film bourré d’énergie qui, par son esthétique hip-hop et son cri de révolte de la jeunesse marocaine, aura certainement parlé au cœur de Spike Lee.

Fidèle à son cinéma, l’Iranien Asghar Farhadi a également livré avec Un héros un film quasiment parfait, creusant un nouveau dilemme moral qui, derrière son apparente simplicité, parvient à toujours surprendre en allant dans de nouvelles directions pour décrire l’hypocrisie dans laquelle baigne la société iranienne. Le prix du scénario semblerait s’imposer, mais ce serait sans doute mal payé pour un tel film !

La Palme d’or cinéphile pourrait être accordée à Drive my Car (photo), magnifique adaptation, sur trois heures qu’on ne sent pas passer, de la nouvelle homonyme de Murakami. Le Japonais Ryusuke Hamaguchi aborde avec une infinie subtilité la question de l’incommucabilité dans le couple, par le biais de Tchekhov. Sublime ! Si le jury ne souhaite pas récompenser pour la troisième fois consécutive un film asiatique (après Une affaire de famille d’Hirokazu Kore-eda en 2018 et Parasite en 2019), un Grand Prix du jury s’impose. Mais celui-ci pourrait également revenir à Compartiment N°6, magnifique train-movie vers le Grand Nord russe de Juho Kuosmanen. À moins que le Finlandais n’empoche le plus modeste Prix du jury. Que l’on verrait bien attribué au très beau Lingui du Tchadien Mahamat-Saley Haroun.

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Un subtil portrait de femme

Une Palme plus consensuelle pourrait couronner Julie (en 12 chapitres) de Joachim Trier, l’un des films les plus appréciés par la presse internationale. Le Norvégien signe un sublime portrait d’une jeune femme d’aujourd’hui, révélant une formidable Renate Reinsve (photo). Passionnante à regarder, elle ferait un magnifique prix d’interprétation féminine, même si la concurrence est rude.

À l’affiche de trois films en Compétition, Léa Seydoux était omniprésente cette année. Malheureusement pour elle, c’est dans un film hors Compétition qu’elle s’est révélée la plus touchante, face à Denis Podalydès dans Tromperie d’Arnaud Desplechin. Même si elle imprime l’écran dans France de Bruno Dumont et L’Histoire de ma femme de la Hongroise Ildikó Enyedi. Tout comme Virginie Efira, très impliquée dans son rôle de la religieuse lesbienne dans Benedetta pour Paul Verhoeven, ou Sophie Marceau dans Tout s’est bien passé qui, grâce à François Ozon, retrouve enfin un rôle.

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Un double prix pour "Les Intranquilles"?

Elle a face à elle un André Dussollier intense danse le rôle d’un vieillard diminué par un AVC et souhaitant en finir avec la vie. Même si le prix d’interprétation masculin semblerait un peu évident. On lui préférerait Damien Bonnard, remarquable dans le rôle d’un peintre touché par des troubles bipolaires dans Les Intranquilles de Joachim Lafosse. Un double prix d’interprétation avec Leïla Bekhti serait aussi du plus bel effet.

Côté mise en scène, le choix le plus facile serait de récompenser Wes Anderson pour le toujours aussi ébouriffant The French Dispatch , même si la mécanique aussi parfaite soit-elle tourne un peu à vide, le cinéaste américain n’ayant visiblement plus grand-chose à dire depuis Moonlight Kingdom en 2012… Pas totalement convaincant, pas autant en tout cas du génial Leto en 2018, le chaotique La Fièvre de Petrov est néanmoins porté par la mise en scène magistrale du Russe Kirill Serebrennikov. Même sentiment pour Annette de Leos Carax (photo) présenté en ouverture et, lui aussi, porté par deux grands acteurs qui pourraient être au palmarès : Marion Cotillard et Adam Driver…

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