Le Festival de Cannes à l’heure du Covid

Le 74e Festival de Cannes s'est clôturé hier soir par le triomphe de Titane de Julia Ducournau. Après deux semaines qui ont marqué les retrouvailles du cinéma avec les salles obscures, retour sur une édition marquée par la crise sanitaire...

Hubert Heyrendt, à Cannes

Un grand festival de cinéma est une bulle, où ne percent que difficilement les échos du monde. À côté des films eux-mêmes, le principal sujet de conversation des festivaliers cannois, dans les files en attendant les projections, lors des interviews ou autour d’une table, ce fut sans surprise la crise du Covid.

Il y a près d’un an déjà, la Mostra de Venise avait déjà jeté les bases de l’organisation d’un festival en temps de pandémie, avec la réservation systématique des tickets en ligne, la prise systématique de température et une réduction des jauges. Avec réussite puisque, même si l’événement avait réuni des gens venus des quatre coins du monde, il n’avait pas été un cluster.

Des salles pleines

Thierry Frémaux rêvait, lui, d’"un festival sans masque et sans jauge". Grâce à l’utilisation du pass sanitaire (qui sera généralisé d’ici quelques semaines à l’ensemble de la France, bars et restos compris), le délégué-général a pu faire le pari de salles pleines. Et si l’on a beaucoup vu les stars s’embrasser au-dessus des marches — ce qui a créé quelques polémiques —, dans les salles, le port du masque était de rigueur. Comme le rappelait avant chaque séance le président du festival Pierre Lescure dans un message enregistré…

Présent sur scène quasiment à chaque première des quelques 83 longs métrages de la Sélection officielle (un record!), Frémaux a régulièrement donné des bulletins de santé du festival. Avec en moyenne 3 à 5 cas positifs décelés par jour, sur 3 à 5000 tests effectués quotidiennement dans un centre dédié au festival installé sur le Vieux Port, à deux pas du Palais. Une contrainte en plus pour les festivaliers pas complètement vaccinés, mais l’organisation était très efficace, avec des résultats en moins de six heures.

Alors que sa compagne était testée positive, l’Israélien Nadav Lapid a par exemple dû annuler ses interviews en présentiel. Tandis que Léa Seydoux, malade du Covid, a dû renoncer à venir sur la Croisette, où elle rayonnait pourtant à l’affiche de quatre films…

Après quelques craintes en début de festival — concernant notamment le fait que le pass sanitaire n’était exigé qu’à l’entrée du Palais des festivals et non dans les salles, dont le Grand Théâtre Lumière, qui peut pourtant accueillir quelque 2300 spectateurs… —, la tension est retombée. Même si, durant ce festival, on a vu énormément de masques FFP2 à côté des masques chirurgicaux ou en tissu…

Des masques à l’écran

Pas mal de films montrés cette année à Cannes étaient déjà tournés depuis longtemps — et prêts pour l’édition, annulée, de Cannes 2020. Certains d’entre eux ont prix rétrospectivement une résonance particulière. C’est le cas de Benedetta de Paul Verhoeven, sur lequel plane l’ombre de la peste, ou de La Fièvre de Petrov de Kirill Serebrennikov, qui se déroule dans une Saint-Pétersbourg touchée par une épidémie de grippe.

D’autres films ont, eux, été réalisés en plein confinement, comme La Fracture de Catherine Corsini, Tromperie d’Arnaud Desplechin ou Vortex de Gaspar Noé. Tandis qu’on a vu apparaître à l’écran les premiers masques, comme dans Les Intranquilles de Joachim Lafosse. Comment seront vus ces films dans 10 ou 15 ans? Comme le témoignage d’une époque étrange? Ou se sera-t-on habitué à vivre avec de nouvelles pandémies?

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© Cinéart

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