"Armageddon Time": Les souvenirs de jeunesse de James Gray dévoilés au Festival de Cannes

Le cinéaste américain dévoilait ce jeudi jour en Compétition du 75e Festival de Cannes le très beau Armageddon Time, où il revient sur son enfance dans le Queens et sur son aspiration ne pas suivre les chemins tout tracés...

Hubert Heyrendt, à Cannes
"Armageddon Time": Les souvenirs de jeunesse de James Gray dévoilés au Festival de Cannes
©Universal

À 13 ans, Paul Graff (Banks Repeta) est un jeune garçon vif et turbulent. Au premier jour de classe dans une école publique du Queens, il fait le clown pour amuser ses condisciples. Et s’attire immédiatement l’amitié de Johnny (Jaylin Webb), enfant noir pauvre vivant seul avec sa grand-mère et qui redouble son année. Les deux gamins multiplient les bêtises. Au désespoir des parents de Paul (Anne Hathaway et Jeremy Strong), membres de la classe moyenne qui songent sérieusement à le mettre avec son frère dans une école privée chic financée par Fred Trump (le père de l’ancien président des États-Unis). C’est que, malgré leurs idées progressistes, ils souhaitent un meilleur avenir pour leurs enfants que le leur. Mais Paul préfère dessiner et ne rêve que d’une chose: devenir un grand artiste. Ce que conforte sa découverte de la peinture abstraite de Kandinsky lors d’une sortie scolaire au musée Guggenheim à Manhattan…

"Armageddon Time": Les souvenirs de jeunesse de James Gray dévoilés au Festival de Cannes
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Poursuivre ses rêves

À la veille de sa réélection, Ronald Reagan mettait en garde ses concitoyens: « Si on laisse revenir Sodome et Gomorrhe, on verra l'Armageddon de notre vivant! » C'est dans ce contexte très conservateur que grandit Paul et qu'a grandi James Gray. Dans Armageddon Time, le cinéaste new-yorkais revient en effet dans son enfance dans le Queens, au sein d'une modeste famille juive originaire d'Ukraine (origines qu'il évoquait déjà dans son premier film, le polar Little Odessa en 1994).

Cela fait quelques années déjà que l'auteur de The Yards ou We Own the Night a délaissé le film Noir pour aborder d'autres genres: mélodrame (The Immigrant avec Marion Cotillard en 2013), film d'aventures (The Lost City of Z en 2016) ou S-F (Ad Astra avec Brad Pitt en 2019). Mais, à chaque fois, le cinéaste reste fidèle à son approche auteuriste et aux thèmes qui lui sont chers, dont les liens familiaux et la filiation. Son dernier film, plus sobre dans sa mise en scène et dans son économie, n'échappe pas à la règle.

Nourri des souvenirs d'enfance du réalisateur, Armadeggon Time est une merveille de subtilité, dans le portrait doux-amer que Gray dresse d'une famille aimante, mais pourtant incapable de comprendre les aspirations de ce jeune garçon qui ne rêve pas, dans les clous « trumpiens » de son école privée, de devenir PDG, sénateur ou avocat…

Au-delà de cette évocation critique du rêve américain, James Gray aborde bien d'autres sujets, comme l'amitié, le souvenir du passé — notamment de la persécution de sa famille juive, avant et après avoir émigré aux États-Unis — ou le racisme et l'injustice endémique de la société américaine. Mais aussi l'intransigeance face à la bêtise. Comme l'inculque ce merveilleux grand-père campé par Anthony Hopkins à son petit-fils: sois « un mensch » et défends tes camarades noirs ou hispaniques quand on s'en prend à eux…

Refusant tout cynisme, réalisé sans esbroufe et porté par deux jeunes acteurs attachants, Armageddon Time s'impose d'ores et déjà comme un classique du cinéma américain. Un récit d'émancipation intemporel sur l'importance de suivre sa propre voie, ses propres rêves, à l'encontre de la société dans laquelle on grandit…

"Armageddon Time": Les souvenirs de jeunesse de James Gray dévoilés au Festival de Cannes
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Armageddon Time Drame Scénario & réalisation James Gray Photographie Darius Khondji Montage Scott Morris Avec Banks Repeta, Jaylin Webb, Anne Hathaway, Anthony Hopkins, Jeremy Strong, Domenick Lombardozzi… Durée 1h55

"Armageddon Time": Les souvenirs de jeunesse de James Gray dévoilés au Festival de Cannes
©Cote LLB