"Boy from Heaven": infiltré à l’université Al-Azhar

Première entrée de la Compétition de ce vendredi au 75e Festival de Cannes (avant Arnaud Desplechin ce soir), "Boy From Heaven" est un thriller palpitant au cœur du pouvoir politico-religieux égyptien signé Tarik Saleh.

Hubert Heyrendt, à Cannes
"Boy from Heaven": infiltré à l’université Al-Azhar
©D.R.

Ce vendredi après-midi en Compétition du 75e Festival de Cannes, le Suédois Tarik Saleh a frappé fort avec Boy from Heaven, un insensé thriller politico-religieux qui nous plonge au coeur de la prestigieuse université Al-Azhar du Caire, fondée au Xe siècle et toujours la plus grande institution islamique au monde.

Fils d’un simple pêcheur, Adam (Tawfeek Barhom) décroche une bourse pour étudier dans ce lieu qui forme l’élite de Islam. Mais à la mort du grand imam d’Al-Azhar, l’une des personnalités les plus influentes de l’Islam, le jeune étudiant va se voir mêlé aux machinations qui se mettent en place pour désigner le nouveau grand imam. Et le pouvoir égyptien est bien décidé à faire élire un homme proche des vues du président de la République. Le jeune homme est ainsi recruté par le colonel Ibrahim (Fares Fares), membre de la Sûreté de l’État égyptienne qui enquête sur l’assassinat de son ancien informateur. Lequel exige de sa nouvelle recrue d’infiltrer un groupe clandestin de Frères musulmans présent au sein de l'uniuversirté…

"Boy from Heaven": infiltré à l’université Al-Azhar
©Cinéart

Au coeur du pouvoirégyptien

Découvert avec Le Caire confidentiel en 2017, polar sur fond de manifestations de la place Tahrir durant le Printemps arabe, Tarik Saleh revient à nouveau au pays de ses origines, après avoir signé son premier film anglophone, The Contractor, un thriller américain emmené par Chris Pine mis en ligne sur Prime Video le 4 avril dernier. Et, à nouveau, le cinéaste suédois signe un thriller d'une grande intensité, nous infiltrant dans les coulisses du pouvoir égyptien. Tout en nous faisant découvrir de l'intérieur le fonctionnement de cette université religieuse qui attire et forme de jeunes musulmans venus du monde entier.

Pas question, cette fois encore, pour Saleh d'un quelconque manichéisme. Ici, rien n'est blanc ou noir, tout est gris. Le cinéaste décrit avec méticulosité les jeux de pouvoir qui se cachent derrière les murs de cette institution millénaire. Et si la corruption est ici absente, le panier de crabes décrit dans Boy From Heaven n'en pas plus reluisant pour autant… Et personne n'échappe au regard inquisiteur du cinéaste, qui dézingue aussi bien les religieux que les autorités civiles (militaires en l'occurrence).

Mais toute la subtilité de Boy from Heaven tient au fait que Tarik Saleh ne sort jamais du cadre du film de genre, livrant un film d'espionnage haletant, dont l'intrigue avance en y intégrant habilement des arguments théologiques. Le résultat est un film passionnant, mis en scène de façon rigoureuse, porté par d'excellents acteurs (dont le Libano-Suédois Fares Fares, qui jouait déjà dans Le Caire confidentiel) pour jeter une lumière crue sur les tensions qui existent entre les deux pharaons d'Égypte: le président de la République et le grand imam d'Al-Azhar.

"Boy from Heaven": infiltré à l’université Al-Azhar
©Cinéart

Boy from Heaven Thriller politico-religieux Scénario & réalisation Tarik Saleh Photographie Pierre Aïm Montage Theis Schmidt Avec Fares Fares, Tawfeek Barhom, Mehdi Dehbi… Durée 2h

"Boy from Heaven": infiltré à l’université Al-Azhar
©Cote LLB