"Dalva", un choc belge à la Semaine de la Critique

Ce vendredi à Cannes, la 61e Semaine de la critique a dévoilé un premier film belge très sensible sur le thème de la pédophilie, réalisé par la Française Emmanuelle Nicot.

Hubert Heyrendt, à Cannes
"Dalva", un choc belge à la Semaine de la Critique
©DR

L'année dernière à Cannes, la Belge Laura Wandel avait marqué les esprits à Un Certain regard, avec son premier film Un monde. Ce vendredi, à la 61e Semaine de la critique, c'est un autre premier film belge abordant l'enfance martyre qui a créé le choc, le très dur, mais très beau Dalva d'Emmanuelle Nicot. Si l'on retrouve, en partie, le thème du harcèlement à l'école, le sujet est ici plus grave encore, puisqu'il s'agit pour la jeune cinéaste française installée à Bruxelles d'évoquer la pédophilie.

Le film s'ouvre sur une intervention de la police au domicile d'un homme. Dalva (Zelda Samson), sa fille, hurle: "Jacques! Jacques! Laissez-le…" Robe de soirée, bas nylon, bijoux au cou… La gamine de 12 ans s'habille et agit comme une femme, et non comme une petite fille de son âge. Et être séparée de l'homme avec lequel elle vit lui semble la plus cruelle des injustices! Placée dans un foyer pour enfants en difficulté de Givet, à la frontière belge, Dalva va devoir se laisser apprivoiser par Jayden (Alexis Manenti), son éducateur référent. Tandis qu'elle se rapproche de Samia (Fanta Guirassy), une ado au caractère explosif avec qui elle partage sa chambre. À leurs côtés, Dalva va apprendre, petit à petit, à sortir de son déni quant à l'expérience qu'elle a vécue…

Redevenir une enfant

Son sujet fort, Emmanuelle Nicot l’aborde avec une grande sensibilité, trouvant le parfait équilibre entre le drame et l’optimisme. Si la cinéaste ne cache rien du traumatisme subi par sa jeune héroïne — notamment dans une scène très forte d’examen gynécologique au début du film —, elle ne tombe jamais dans le voyeurisme ou le sensationnalisme. En effet, son film ne décrit pas la pédophilie en soi — puisqu’il s’ouvre au moment où Dalva est ôtée à son père —, mais des conséquences de celle-ci sur une enfant de 12 ans.

Ce que filme Dalva, de façon assez légère — en s'offrant même quelques scènes de comédie —, c'est un parcours de reconstruction, un retour à l'enfance pour une gamine étant devenue femme malgré elle. À l'écran, cela passe par une grande attention de la cinéaste aux vêtements, au maquillage, à la façon de marcher de Dalva. Le tout à travers une mise en scène naturaliste et un format d'écran 4/3 qui renforce le sentiment d'enfermement du personnage, que la caméra suit au plus près pour décrire son évolution intérieure.

Une jeune comédienne très mature

Pour camper cette jeune fille en quête d'innocence, Emmanuelle Nicot a trouvé une jeune comédienne épatante, Zelda Samson, qui fait preuve d'une grande maturité pour aborder ce rôle complexe, ce parcours psychologique douloureux. Face à elle, dans le rôle de l'éducateur, on retrouve le très singulier Alexis Manenti, César du meilleur espoir masculin 2020 pour son rôle dans Les Misérables de Ladj Ly. Lequel incarne, physiquement, cette figure paternelle que la petite Dalva doit apprendre à reconnaître comme celle d'un adulte et non comme celle d'un égal…

Premier film très fort, Dalva a marqué la Croisette. Rendez-vous en fin de festival pour savoir si la Belgique repartira à nouveau avec la Caméra d'or, après Girl de Lukas Dhont (dont on découvrira le second long métrage Close, jeudi en Compétition) en 2018 et Nuestras madres de César Diaz en 2019…

Dalva Drame sensible Scénario et réalisation Emmanuelle Nicot Photographie Caroline Guimbal Musique Frédéric Alvarez Montage Suzanne Pedro Avec Zelda Samson, Alexis Manenti, Fanta Guirassy… Durée 1h23

"Dalva", un choc belge à la Semaine de la Critique
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