"Holy Spider": un thriller iranien enflamme la Croisette

Ce dimanche après-midi, la Compétition cannoise accueillait "Holy Spider", un thriller captivant sur la condition des femmes en Iran signé par le Danois Ali Abbasi.

Hubert Heyrendt, à Cannes
"Holy Spider": un thriller iranien enflamme la Croisette
©Cinéart

Après Boy from Heaven du suédois d'origine égyptienne Tarik Saleh vendredi, la compétition du 75e Festival de Cannes tournait à nouveau son regard vers le Moyen Orient ce dimanche après-midi, avec la présentation de Holy Spider, à nouveau un thriller réalisé par un exilé en Scandinavie: le cinéaste danois d'origine iranienne Ali Abbasi.

Dans son troisième long métrage, Abbasi revient sur un fait divers réel, l'histoire d'un tueur en série de prostituées — qu'il étranglait à l'aide à l'aide de leur foulard —, qui opéra à Masshad, en Iran, de 2000 à 2001. Alors que les cadavres continuent de s'entasser, une jeune journaliste de Téhéran (Zahra Amir Ebrahimi) débarque dans cette ville sainte, lieu de pèlerinage autour du mausolée de l'imam Reza, pour mener, avec un collègue journaliste, sa propre enquête sur cette série de meurtres, les autorités locales ne semblant pas véritablement pressées de mettre la main sur cet assassin qui prétend agir au nom de Dieu, pour nettoyer les rues de Masshad de ces "femmes corrompues"

"Holy Spider": un thriller iranien enflamme la Croisette
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La place des femmes en Iran

Ayant quitté l'Iran dès 2002 pour la Suède (où il a étudié l'architecture), puis le Danemark (où il a fait ses études de cinéma), Ali Abbasi s'était fait connaître en 2018 avec son second long métrage Border, impressionnant conte à la lisière entre réalisme et fantastique qui avait décroché le prix Un certain regard à Cannes. De retour sur la Croisette, en Compétition officielle cette fois, avec Holy Spider, le jeune cinéaste ne quitte pas le genre, signant un thriller qui dissèque les rapports hommes-femmes dans son pays d'origine.

Tournée en Jordanie, cette coproduction européenne (entre le Danemark, la Suède, la France et l'Allemagne) propose une exploration dérangeante du rapport aux femmes dans la société iranienne. Construit comme un thriller à l'américaine — avec ce personnage de journaliste menant l'enquête face à un tueur à la lisière de la folie —, Holy Spider est un film diablement efficace, suivant en parallèle le travail d'enquête de son héroïne et le quotidien de ce tueur ordinaire, vétéran de la guerre contre l'Irak, bon mari et père de trois enfants. Et qui pense agir, tout simplement, trouver, dans ses activités nocturnes, un sens à sa vie...

Ce que met en scène Ali Abbasi, ce ne sont rien d'autre que des féminicides purs et simples mais qui, pourtant, ne sont pas vus comme tels par une partie de la population et même par les autorités de Masshad. Lesquelles ne voient pas d'un si mauvais oeil que quelqu'un se décide à vider les rues de ces prostituées, souvent droguées à l'opium, dont elles ne savent pas quoi faire... Dans une telle société patriarcale, profondément religieuse, où la misogynie est un état de fait (pas que pour les hommes...), pas facile pour une femme journaliste (campée par l'actrice et réalisatrice franco-iranienne Zahra Amir Ebrahimi) de se faire respecter... Et comme dans Border, Ali Abbasi se fait en effet profondément dérangeant — jusque dans certaines scènes très dures — pour dénoncer la façon dont l'Iran considérait les femmes il y a 20 ans, au moment des faits historiques, mais aussi aujourd'hui, comme sous-entend le cinéaste à la fin du film. Radical dans sa dénonciation, Holy Spider ne risque pas de sortir dans les salles de Téhéran de si tôt…

"Holy Spider": un thriller iranien enflamme la Croisette
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Holy Spider / Les Nuit de Masshad Thriller De Ali Abbasi Scénario Ali Abbasi & Afshin Kamran Bahrami Photographie Nadim Carlsen Musique Martin Dirkov Avec Zahra Amir Ebrahimi, Mehdi Bajestani, Sina Parvaneh, Sara Fazilat… Durée 1h55

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